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Bizarre tout de même qu'il y ait aussi peu d'éléments biographiques sur l'auteur Bruno Traven, en comparaison de tant d'écrits (quasiment tous portés au cinéma en adaptation). Vous l'aurez
compris, j'ai adoré "Canasta de Cuentos mexicanos" (ici, critiqué dans la page livres). Et comme dit l'autre jour, ai acheté à peu près tous les autres livres de Traven que je pouvais me procurer
à la librairie de la Universidad del Mar. Le hic avec Traven, c'est qu'on ne sait pas du tout qui il était, fuyant l'Allemagne, navigateur, aventurier ? On sait qu'il est arrivé au Mexique en
1924 (né en 1890, à Chicago ???????), s'est éteint en 1969, et a été considéré comme le "génie littéraire des indigènes", tant il a bien compris et décrit l'âme indienne. Dans son livre "La
Carreta", on peut apprendre qu'il a été, tour à tour, marin, acteur, éditeur de revues, politicien anarchiste. Bref, on accumule tout, on fait un grand mélange et on balance au lecteur. Même
son livre "El barco de la muerte", décrit comme semi-autobiographique, n'est pas un modèle de biographie "pure".
On a longtemps prétendu que Bruno Traven (même sur son nom, on a des incertitudes, Bruno ou Breico ? C'est pourquoi ses livres sont titrés B. Traven, et on est presque certains qu'il s'agit d'un pseudonyme) était Allemand, mais il semble que ses premiers écrits soient en Anglais ! Il écrivait parfaitement en anglais, allemand ou espagnol. Difficile de s'y retrouver là-dedans. D'autant qu'on lit un peu partout qu'il aurait put naître à Chicago (il le prétendait lui-même) ! Oui mais comment comprendre que son premier livre (El barco de la muerte) sorte en 1926 à Berlin ? D'autres disent qu'il s'appelait en fait Otto Frege et était né en Pologne. Ou qu'il s'appelait Traven Torvan, ou Ret Marut. On est perdussssssssssss ! Au secours !
En tout cas, et je maintiens, un grand auteur. Avant de vous critiquer ici, "La rebellion de los colgados" ou autres livres, célèbres, et adaptés au cinéma (notamment aussi "El tesoro de Sierra Madre" qui a eu un grand succès à Gringolandia et adapté au cinéma avec Humphrey Bogart dans le rôle principal), je m'attache aujourd'hui à vous présenter "La Carreta".
Ce livre a une origine particulière, parce que d'aucuns prétendaient que Traven était incapable d'écrire une histoire d'amour et il a, ici, voulu les faire taire, probablement.
Andrès est un jeune "charretier" qui va être vendu au cours d'une partie de cartes par son maître à un autre. Il va arpenter les routes incertaines du Chiapas en tant que charretier, avant de rencontrer une jeune indienne et en tomber amoureux.
Je suis un peu sur la réserve avec ce livre. D'abord, parce qu'on y sent Traven mal à l'aise avec son sujet. Répétitions, redites, longueurs invraisemblables sur les bœufs, la charrette, les routes du Chiapas, la vie des charretiers. On prend les mêmes et on recommence 50 pages plus loin. Résultat, l'histoire d'amour arrive enfin, page 186 (sur un total de 332). Et vous sautez dessus comme des morts de faim, parce que vous n'en pouvez plus des descriptions – certes bien écrites, mais longues, si longues ! – de paysage, de situation, et de condition. Or, on ne peut pas dire qu'on croule sous l'action torride de ce livre…
Mais vous aurez l'impression que je n'ai pas aimé ce bouquin alors que c'est faux, et que je me suis tout de même laissée bercer par sa jolie musique, comme d'habitude… Parce que je donnerais quand même tout ce que j'ai pour avoir une once du talent d'un Traven. Ce type a vraiment tout compris des Indiens. Et c'est là que c'est étrange et que les mystères de son écriture rejoignent ceux de sa vie. Comment un étranger a-t-il pu à ce point comprendre aussi intrinsèquement l'âme mexicaine ? D'accord, on nous dit qu'il s'est installé parmi eux, au Chiapas notamment. Mais du coup, l'imaginaire l'emporte sur le rationnel, et on imagine volontiers cet écrivain, vivant de façon misérable, agissant comme un anthropologue-sociologue, plongé au cœur de la population locale. Du coup l'auteur est plus un aventurier qu'un auteur au sens strict du terme. Et c'est aussi ce qui fait qu'on lui pardonne aisément certaines longueurs et des difficultés à parler de sentiments. L'eau de rose, ce n'est pas le genre de la maison. Tout de même, quel sacré testament il a laissé avec ses livres. J'y reviendrai, en vous chroniquant chacun de mes lectures de lui, parce qu'au cas où vous ne vous seriez pas rendu compte : je suis fan ! Tiens, d'ailleurs, je devrais peut-être enquêter pour essayer d'écrire la première vraie biographie documentée sur l'auteur. Mais quel boulot ! Je ne sais pas par où commencer ! Alors pour l'instant, autant me contenter de le lire, et continuer de me régaler…
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