Samedi 25 juillet 2009 6 25 /07 /Juil /2009 15:46

L'Indien est singulier. Il met du temps à offrir sa confiance, certes, mais a surtout pour nous, Européens, une façon particulière de s'exprimer. Genre, il faut deux heures de papotages divers avant que le sujet réel de sa visite ne vienne sur la table. Et encore, quand le sujet tombe ! Parce que, des fois, ça ne vient pas…

 

Petit exemple vécu au concret, pas plus tard qu'hier.

 

Un de nos voisins tient un restaurant sur la plage. Les relations avec lui n'ont pas toujours été parfaites car il nous soupçonnait de vouloir ouvrir un commerce qui lui ferait concurrence (c'est ça, ouais, rêve !). Mais depuis qu'il a compris qu'il n'en serait rien, et depuis que je lui ai offert des "crepas francesas" en signe d'amitié, les relations se sont singulièrement améliorées. Le voyant s'agiter sur la plage avec un pauvre sifflet pour jouer les MNS (les M'MS comme dit une amie !), nous nous étions promis de lui rapporter un vrai sifflet officiel à notre premier retour en France. Hier matin, ce fut chose faite et nous avons pu lui remettre son sifflet avec cordelette et tout le bastringue, estampillé Officiel ! Il était très content, nous a remercié d'un "que les vaya bien", et hop… Je me suis dit que c'était gagné à la vie à la mort avec lui…

 

Mais hier, en fin d'après-midi, j'ai eu comme un doute. Il est arrivé (première fois qu'il vient chez nous), s'est installé et a même accepté un soda (pas d'alcool, il surveille sa ligne et ne veut pas qu'on le confonde avec des misérables indigènes gavés de Corona). Et il s'est mis à parler… parler… parler. Il a commencé à me donner tous les détails de la mort du mec à la machette. Nous avions croisé des Français quelques heures avant qui n'avaient pas la même version, mais dans l'ensemble, ce qui ressort, c'est que la victime était un pourri, certainement multi-meurtrier lui-même. Bon ! Rétrospectivement, ça me plaît moyennement parce qu'il était très sympa avec moi et je l'aimais bien. Ce que j'ai dit au voisin, qui m'a rétorqué que je ne devais absolument pas faire confiance aux Indiens, voyons !!!!


Cette discussion et les détails sordides qui l'accompagnaient (il avait tué trois types, personne n'a voulu de son corps, tu comprends il avait deux prénoms, c'est louche, il ne se pliait pas aux règles de la communauté, il a pété une bouteille de bière et c'est lui qui a commencé, manque de bol, l'autre en face avait une machette, bref… - penser à noter dans mes petites plaquettes personnelles que la vie d'un homme a peu de prix dans ce pays -), donc disais-je, cette discussion nous occupe une bonne heure.

Puis le voisin enchaîne sur le développement touristique du village. Nous parlons d'Internet, tout ça. Bien entendu, il essaie de savoir si je connais des Français qui voudraient lui acheter son restaurant (comprendre des "pigeons" parce que son boui-boui est horrible, en indivision, et monstrueusement cher pour la région), mais je sais que là n'est pas le but de la visite. Avec un sourire, je lui réponds toutefois que c'est bien gentil mais que les "étrangers" (il me martèle qu'il n'est pas raciste, j'adore !!!) qui souhaitent acheter ici sont confrontés à un léger problème : ils payent – cher -, investissent dans un commerce, qu'ils ne posséderont JAMAIS puisqu'ils ne sont pas mexicains et que le terrain appartient toujours à la Communauté. Il me rétorque qu'il peut louer, officieusement. Ce à quoi je dis, toujours en souriant, que oui, mais que ça ne change rien et que le souhait d'un bon européen patron d'un resto, c'est tout de même de posséder le commerce qu'il paye des millions d'euros. L'autre acquiesce. Il part ensuite dans un délire sur ce qu'il voudrait pour le village (des sièges hauts avec des MNS, un chemin balisé et éclairé sur la plage pour rejoindre le village d'à côté, un championnat de moré (ici, on dit boogie), un festival de musique avec des groupes tels que Mana (ouais, bien sûr, c'est juste les équivalents de feu Téléphone en France !), bref des idées il en a à la pelle). Il m'explique que les étrangers, on pourrait offrir des choses au village : donner des cours aux enfants, pour nous écrivains et journalistes, écrire des trucs…


Ca dure une heure de plus. J'acquiesce, lui montre le blog que je tiens ici, il est content. Mais depuis un moment, je me demande pourquoi il est vraiment venu ! Parce que je sais que la vraie demande est ailleurs. Mais quand va-t-elle sortir ?


Il embraye sur les élections, et que le PRI a gagné (notre voisin député est du PRI, ça tombe bien !), et que Calderon est fichu, et qu'ici ils nous ont donné des sous (180.000 pesos) pour le tourisme et qu'il voudrait s'en occuper parce qu'il a des idées, lui ! Là, je me dis qu'on brûle, qu'on approche doucement du vrai motif de sa visite. Il ajoute que le président de la communauté va changer en 2010 (c'est bientôt ça !!!) et qu'il a des velléités pour soutenir un autre candidat. J'ai envie de m'étonner qu'il ne brigue pas lui-même le poste. Tout ça est ici résumé mais ça dure deux bonnes heures, jusqu'à ce que mon ami (plus businessman parisien que lui dans l'âme, tu meurs !) dise qu'il a un coup de fil à passer. C'est le cas de dire que ça coupe le sifflet du voisin, qui se lève comme si un scorpion l'avait piqué et me dit qu'on reparlera très vite…

Et zut ! Depuis, ça me tourne dans le coco : où voulait-il en venir au juste ? Peut-être suite au prochain épisode... Ou peut-être pas...

Par Gracianne - Communauté : Le Mexique
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