Ici, une présentation du dernier roi aztèque en règne à l'arrivée d'Hernan Cortès. Je nourrirai cette page au fur et à mesure…
MOCTEZUMA/MONTEZUMA
Jeunesse et éducation
Moctezuma serait né en 1467. Ca, c'est côté indien. Mais les Espagnols lui donnaient 40 ans quand ils débarquèrent, ce qui tendrait à prouver qu'il est plutôt né aux alentours de 1480. Sa
naissance a eu lieu dans le quartier d'Actipac à Mexico.
Moctezuma était le fils de l'empereur Axayacatl et d'une cousine de ce dernier, fille du roi d'Iztapalapan, appelée Xochicueyetl. Tout le reste n'est qu'affabulation (qu'il serait né d'une vierge
fécondée miraculeusement – tiens, tiens, ça nous rappelle quelque chose -, que Tizoc et Ahuizotl étaient ses frères – non, c'étaient ses oncles !, tout est faux et sujet à caution).
Les quinze premières années de sa vie ressemblent à celles de tous les "futurs rois". A 6 ou 7 ans, il est confié à des pages chargés de jouer avec lui tout en veillant à son maintien et sa
correction. Il apprend à parler comme il faut et à respecter les anciens.
Vers 11 ans, comme les autres enfants "nobles", il entre dans un genre de couvent – le calmecac – dans le Grand Temple de Tlillan. Là, l'éducation est à la dure. Il est vêtu de façon très
rudimentaire, dort sur des "metates" sommaires (nattes), et se nourrit de galettes de maïs que les prêtres lui jettent comme ils le feraient pour un vulgaire chien. Il apprend à manier les armes,
mais va aussi chercher du bois, allume le feu, balaye le temple. Il apprend aussi à faire pénitence, et à chanter et danser en l'honneur des dieux. Parfois, il doit se lever en pleine nuit et se
baigner dans une eau glacée. Plus grand, il lui faudra parfois veiller toute la nuit. Il apprend la religion, le culte (indien), comment administrer le royaume, la notion de justice, l'histoire,
et les récits des codex figuratifs (témoignages historiques, un peu comme des bandes dessinées pour nous).
Les punitions sont nombreuses : coups de verges ou d'orties, ou piqûres d'épines d'agave (cactus). On peut aussi le suspendre au dessus d'un feu arrosé de piments. Les menteurs invétérés ont la
lèvre coupée. Ceux qui sont ivres sont mis à mort. Idem pour ceux qui commettent le pêché de chair, ils sont brûlés vifs, étranglés ou percés d'une flèche. On préconise à celui qui a des envies
de femmes de s'automutiler (pour penser à autre chose !) ou de s'affamer parce que celui qui a faim ne désire pas la chair…
L'éducation veille à enseigner surtout la modestie, l'humilité, la retenue, la mesure. Arrogance, orgueil et vanité sont les pires des défauts. Pourquoi retrouve-t-on là les valeurs chères aux
Mexicains, encore de cours aujourd'hui ? Parce que la légende aztèque raconte que lorsque eut lieu la bataille pour la création du soleil à Teotihuacan, ce ne fut pas l'orgueilleuse Lune qui
l'emporta, mais l'humble, pauvre et malade Quetzacoatl (on reviendra sur lui très vite). Le roi dit à son fils :
- "L'humilité, l'abaissement du corps et de l'âme, les pleurs, les larmes et les soupirs sont la vraie noblesse, le vrai mérite et le véritable honneur. Sache bien, mon fils, que jamais un
superbe, un vaniteux, un présomptueux, un tapageur, n'a été élu roi."
Moctezuma est, dès son plus jeune âge, doté d'un tempérament de guerrier, ce que l'histoire ne retiendra pourtant pas de lui, l'ayant (à tort) traité de mièvre et de lâche face à l'envahisseur
espagnol. On sait qu'il se réserve toujours le rôle de général quand il joue avec ses camarades. Et si l'un d'eux pleure, il le fait habiller en femme et lui interdit de jouer à nouveau avec eux.
A quinze ans, il se prépare aux armes et à vingt, il entre sur le champ de bataille. Des guerriers, gâtés par le père, sont chargés de le former et de veiller sur lui. Dès le départ, Moctezuma va
se révéler excellent et faire des prisonniers. Très vite, il est fait "cuachic", titre de haut-grade réservé aux plus vaillants. "Cuachic" signifie "tête rasée", et il ne lui reste qu'une crête
allant du front à la nuque, les côtés étant rasés. Du coup, il est prêt à régner, sa formation est achevée.
Moctezuma était-il un bon roi ?
Les Indiens l'auront tantôt traité de bon à rien et de grand seigneur. Les conquistadors eux, auront apprécié ses qualités combatives. A la fois sage et belliqueux, Moctezuma était un régnant
parfait pour son pays. Il a essayé d'assurer la croissance de son empire (on l'aura taxé d'orgueilleux pour cela). Il était érudit, s'intéressait aux arts, et s'est affirmé comme un excellent
orateur. Physiquement, il était vigoureux et nageait parfaitement. Ecoutons la précieuse description qu'en fait Bernal Diaz del Castillo (merci au témoignage précieux qu'il a laissé de cette
conquête, mais nous y reviendrons dans le portrait qui lui sera inévitablement consacré ici). "Il est de bonne stature et bien proportionné, mince, peu enveloppé. Son teint, pas très foncé,
était de la couleur et de la nuance habituelles de l'Indien. Il portait les cheveux peu longs, de manière à lui couvrir les oreilles ; il avait la barbe rare, noire et bien plantée. Son visage un
peu allongé était gai. Son regard avait de la dignité, témoignant d'ordinaire des sentiments de bienveillance et prenant de la gravité lorsque les circonstances l'exigeaient. Il était propre et
bien mis ; il se baignait tous les jours, une fois, dans l'après-midi."
Il honorait les femmes et les traitait avec respect. Nous dirons "les" femmes puisqu'il est avéré que dans ce royaume aztèque où la polygamie était de rigueur, les observateurs lui en connaissent
deux "principales". On ne sait pas trop ce qui se cache sous le terme "d'honorer" les femmes mais on se soulage en apprenant qu'il les traitait avec respect, ce qui doit vouloir signifier qu'il
ne les violait pas (ou pas trop). Ce qui est à relever dans un royaume où les hommes n'étaient pas toujours des exemples de délicatesse. On le connaissait pieux et il allait régulièrement au
temple prier Huitzilopochtli. Il se lavait deux fois par jour et se lavait les dents avec les doigts (ouais bon, on peut pas tout faire bien, non plus ! Je rappelle qu'à la même époque, en
France, nos rois se lavaient une fois… par an ! Qu'ils en aient besoin ou pas, comme dirait l'autre !). Il se changeait 4 fois par jour , et ne mangeait jamais deux fois dans la même vaisselle.
Il prenait ses repas seul dans une grande pièce. Accrochez-vous, un seul de ses repas était composé de 300 plats ! Il valait mieux picorer pour garder la ligne.
Il me faut ici raconter une anecdote puisée dans l'excellent livre de Michel Graulich, "Montezuma" publié aux éditions Fayard. Elle illustre la noblesse du personnage.
"Un jour, lors d'une chasse aux oiseaux, il (nda : Moctezuma) se laisse aller à cueillir un épi de maïs particulièrement beau. Il veut voir le propriétaire pour demander son assentiment. Mais
celui-ci l'a vu faire et l'apostrophe : "Seigneur si haut et si puissant, comment oses-tu emporter ces deux épis que tu m'as dérobés ? N'est-ce pas toi, seigneur, qui as édicté comme loi que
celui qui volait un épi ou l'équivalent encourait la peine de mort ?"
L'empereur veut lui rendre l'épi, mais l'homme l'arrête : "Seigneur, tel n'était pas mon intention, car le jardin et moi, ma femme et mes enfants, nous t'appartenons ; je voulais seulement
faire une plaisanterie malicieuse."
Alors, en échange de l'épi, Montezuma donne son précieux manteau impérial.
Le lendemain, le mauvais plaisant est convoqué au palais. Terrorisé, il veut prendre le large, mais on le rassure. L'empereur, en le revoyant, dit aux nobles qui l'entourent : "C'est celui-là
qui m'a volé ma mante." Mouvement d'indignation. Montezuma les apaise aussitôt et, ayant ainsi rendu la monnaie de sa pièce au farceur, il poursuit : "Ce misérable a plus de courage et de fermeté
que nous tous. Il a eu l'audace de me dire que j'avais enfreint mes lois, et il a dit la vérité. Je veux en effet qu'on me dise la vérité et non de belles paroles." Et, conclut l'historiette,
l'homme est fait seigneur de Xochimilco et Montezuma le considère désormais comme son parent…"
Ceux qui le considéreront cruel oublieront de spécifier que c'est lorsqu'il s'agit de "gracier" des espagnols. L'histoire a montré qu'il avait raison d'agir de la sorte ! Je fais ici une
parenthèse pour concéder mon immense admiration envers Moctezuma et ce qu'il eut à subir, et je récuse tous ceux qui en ont fait le responsable de la conquête et de la perte de l'empire aztèque.
Donc, si vous ne l'aimez pas, passez votre chemin immédiatement. Ici, mes propos seront subjectifs et partisans, bien qu'inspirés de la réalité. J'assume. Poursuivons…
L'empereur Ahuitzotl va bientôt juger l'homme digne de "gouverner" le pays, en le nommant "tlacochcalcatl", "celui de la maison des javelines", un haut fonctionnaire à la fois civil et militaire,
à savoir un roi sur le point de régner.
C'est en l'an 10 Lapin (le premier qui se marre, je lui fiche une claque !), alors que Montezuma guerroie dans la vallée de Toluca, que Ahuitzotl meurt. Pour vous donner un ordre d'idée, c'est
l'année où en France meurt Charles VIII (on raconte que Ahuitzotl meurt des suites des blessures d'un coup pris en se cognant à un linteau, or Charles VIII meurt exactement de la même façon !).
L'anecdote vient des Indiens dont ce n'est pas la première fois qu'ils s'inspirent de l'Histoire de France pour faire la leur ! A manier donc avec des pincettes !
A peine élu roi, Moctezuma part faire la guerre. Penser que le pays est dans l'unité à l'époque relève de la plus parfaite méconnaissance historique. Les Aztèques sont des guerriers et comme
tels, passent leur temps à mater des rébellions, faire des prisonniers et les sacrifier. Dès le départ, Moctezuma remporte des victoires significatives et assied son pouvoir. Il est ainsi
largement confirmé dans son poste d'empereur. Mais la famine revient dans le pays, et en 1505, dit-on, le Popocatepetl s'arrête de fumer pendant 20 jours, très mauvais présage. Déjà, le 16 mars
1504, une éclipse de soleil avait plongé la population dans la panique générale. Moctezuma multiplie les sacrifices (à coups de flèches, pour assurer la fertilité des terres), mais les Dieux
demeurent fâchés, semble-t-il. Et pour le prouver, Moctezuma perd la bataille de Tlaxcala (ceci pour expliquer par la suite, l'aide que les Tlaxcaltèques apporteront à Cortès, pardi !).
A suivre, l'arrivée des Espagnols et la fin d'un règne...
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