Mercredi 31 mars 2010 3 31 /03 /Mars /2010 09:03

On entend décidément tout et n'importe quoi sur le sujet ! Et même la placide Ambassade du Mexique en France a dû se fendre d'un communiqué, où la dernière phrase semble la plus importante à rappeler somme toute...

 

ECLAIRCISSEMENTS SUR LE DOSSIER FLORENCE CASSEZ  

04 Feb 2010

 

A l’occasion des récentes déclarations de Florence Cassez et de son entourage dans plusieurs médias français, l’ambassade du Mexique en France se permet de rappeler à l’opinion publique les points suivants :

 

Florence Cassez a été arrêtée, jugée conformément au droit et condamnée en première instance et en appel pour des délits particulièrement graves : privation illégale de la liberté sous la forme d’enlèvement, délinquance organisée, port et possession d’armes à usage exclusif des forces armées.

 

Florence Cassez a pu faire usage de tous les moyens de défense prévus par la législation mexicaine pour toute personne impliquée dans une procédure pénale. Exerçant pleinement ces droits, elle a fait appel des différents jugements et décisions devant les tribunaux, lesquels, sur la base des preuves présentées, ont conduit à sa culpabilité. Elle a toujours été représentée par ses avocats de confiance et a également bénéficié de l’assistance consulaire de l’ambassade de France au Mexique.

 

Au mois de mars 2009, à la suite de la visite du président Nicolas Sarkozy au Mexique, il a été décidé de créer une Commission binationale Mexique-France pour étudier la possible applicabilité de la Convention sur le transfèrement des personnes condamnées (Convention de Strasbourg).

 

Pour le gouvernement du Mexique, l’étude de ce dossier a pris fin après un examen minutieux effectué durant plus de trois mois par les juristes de la commission binationale. Le 22 juin 2009, le président du Mexique, Felipe Calderón Hinojosa, a annoncé que le gouvernement de la République était arrivé à la conclusion que les conditions permettant de donner un accord pour le transfèrement de Florence Cassez vers la France n’étaient pas réunies, pour différentes raisons :

·         Il existe des différends importants entre les systèmes juridiques mexicain et français qui empêchent que Florence Cassez ne purge pleinement en France la peine prononcée par la justice mexicaine.

 

·         Les réserves formulées par la France dans le paragraphe 3 de l’article 9 et dans le paragraphe 1er de l’article 10 de la Convention de Strasbourg ne permettent pas de garantir que Florence Cassez purgera la totalité de sa peine sur le territoire français.

 

·         Ces réserves prévoient que, dans le cas où Florence Cassez serait transférée vers son pays d’origine, sa condamnation serait assujettie aux jugements des autorités judiciaires françaises quant aux modalités de son exécution, y compris la suspension et la réduction de celle-ci.

 

·         Pour le Mexique, l’accomplissement de la totalité de la peine est une condition primordiale, car la législation ne permet pas que dans des cas de délits graves comme celui de l’enlèvement, il existe de libération anticipée ou une réduction de peine.

  

L’ambassade rappelle que la Convention de Strasbourg n’impose en aucune façon à l’Etat requis –dans ce cas le Mexique– de consentir à une demande de transfèrement.

 

Par Gracianne - Publié dans : Revue de Presse - Communauté : Le Mexique
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Mercredi 24 mars 2010 3 24 /03 /Mars /2010 09:38

Narcos, cartels, drogue sont les mots désormais en relation avec l'évocation de Ciudad Juarez. Petit tour des dernières nouvelles du pays, manière que vous soyez parfaitement informés.

 

Mardi 16 mars 2010

Le Canada recommande de ne pas voyager à Ciudad Juarez

 

Le Ministère des Affaires Etrangères a signalé dans son bulletin de conseils aux voyageurs que "malgré le fait que les étrangers n'aient pas été l'objectif principal, le 14 mars 2010, dos citoyens américains ont été abattus par coups de feu."

 

Les autorités canadiennes recommandent aujourd'hui à leurs ressortissants d'annuler tous les voyages non essentiels à destination de Ciudad Juarez, étant donnée la croissante violence attribuée au trafic de drogue dans cette région du Mexique.

 

Cette décision des autorités canadiennes de déconseiller les voyages à destination de Ciudad Juarez intervient deux jours après que le Département américain ait édicté une recommandation similaire à ses ressortissants.

 

Le Canada est, après les Etats-Unis, la deuxième source de touristes pour le Mexique. Selon les derniers éléments communiqués par les autorités mexicaines, de janvier à septiembre 2009, 882.768 touristes canadiens ont voyagé au Mexique, dépassant de 70.000 personnes le chiffre record atteint à cette même période en 2008.

 

 

 

Ciudad Juarez – Chihuahua

Mardi 16 mars 2010

 

Le gouvernement fédéral investira environ 600 millions de pesos pour bénéficier à 424.442 habitants de Ciudad Juarez, comme plan de la stratégie pour combattre la criminalité.

José Angel Cordova Villalobos, secrétaire à la Santé, a également mantionné la possibilité d'investir entre 800 et 1.100 millions de pesos pour construire un nouvel hôpital, encore qu'il a rappelé que cela n'était pas prévu dans le "devis" initial.

 

Selon lui, 220 millions de pesos iraient au Secours Populaire et 315 autres millions aux infrastructures physiques, en plus de 34 millions de pesos dévolues à d'autres actions.

 

 

Vendredi 12 mars 2010

 

La corruption des agents fédéraux et locaux des Etats-Unis assignés à la frontière avec le Mexique est "une réelle menace" pour la sécurité nationale, a admis le gouvernement des Etats-Unis après avoir porté à connaissance les éléments selon lesquels plusieurs agences américaines ont été soupçonnées et accusées de délits de trafic de drogue, contrebande de personnes, blanchiement d'argent, conspiration et collusion avec les cartels mexicains de la délinquance organisée.

 

En outre, le Bureau Fédéral d'Investigation (FBI) assure que les cartels mexicains du narcotrafic maintiennent un effort concerté pour infiltrer leurs membres dans les agences policières des Etats-Unis.

 

Pour la seule année 2009, on dénombre plus de 100 arrestations de fonctionnaires et plus de 130 policiers d'Etat et fédéraux impliqués dans des activités illicites à la frontière, selon le rapport établi par Kevin L. Perkins, sous-directeur de la Division d'Enquêtes pénales du FBI, remis hier au sous-comité de Sécurité Nationale et d'Affaires Gouvernementales du Sénat des Etats-Unis.

 

Le rapport relève que dans les dernières années, on a relevé plus de 400 cas de serviteurs publics impliqués dans des actes délictueux à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, contre lesquels le FBI a donc créé l'Equipe Nationale de Travail Frontalier contre la Corruption, auquel collaborent plusieurs personnes des diverses agences de sécurité américaine pour faire face au phénomène. Il révèle aussi que "dû aux intérêts en jeu si importants et à la magnitude du problème si grand, nous avons déployé quelque 700 agents pour lutter contre la corruption dans tout le pays", et de ce groupe 120 sont plus particulièrement assignés à travailler sur les agents de la frontière mexicaine.

 

Thomas Frost, inspecteur général adjoint du DHS affirme que, pour la seule année fiscale 2009 ont été menées 839 accusations contre des agents de la dépendance, dont 576 du CBOP et 164 du Bureau de Services de Migration et Duanes (ICE) entre autres.

 

Kevin L. Perkins – qui a remis le rapport du FBI au sénat – signale que certains cas de corruption publique détectés ont des "implications dans la sécurité nationale".

 

Perkins a ainsi cité l'exemple d'un individu qui a réussi à se faire employer comme inspecteur frontalier dédié au trafic de drogue. Ce dernier a permis le passage d'une tonne de marijuana, pour laquelle il a reçu un million de dollars.

 

Pour la seule année 2009, la CPB a enregistré 360 millions de passages piétons de la frontière, arrêté 556.000 immigrants sans papiers, en plus d'intercepter 5.2 millions de livres de drogues illégales.

 

Les éléments remis par les fonctionnaires aux législateurs montrent l'amplitude du problème. A peine une personne sur dix recrutées par le Bureau de Douanes y Protection Frontalière se soumet au détecteur de mensonges et 60% d'entre elles ne sont pas aptes à occuper leur emploi, a dit le chargé adjoint du bureau des affaires internes de cette agence, James Tomsheck durant l'audience.

 

Vendredi 12 mars 2010

 

Le Parlement Européen a demandé au gouvernement mexicain de redoubler ses efforts pour combattre la violence et l'impunité enregistrées dans le pays, inclus augmenter les actions du côté de Ciudad Juarez, Chihuahua et se consacrer avec emphase en matière de droits humains.

 

Dans une résolution adoptée hier sous le titre "Escalade de la violence au Mexique", la chambre européenne a demandé que soit garantie la sécurité des femmes notamment, en référence au féminicides.

 

 

Narco-roman, en vogue !

 

Il y avait le narcocorrido, chansons à la gloire des narcos et dont certains finançent même leurs propres auteurs et groupes. Il y a aussi, et avec une nette recrudescence le narcoroman ou littérature du narco.

Bien entendu, pour une population qui se réveille chaque matin avec l'annonce de crimes plus sanglants les uns que les autres, d'enlèvements, d'insécurité croissante, de corruption grandissante, le "narco" est entré dans la littérature mexicaine il y a de nombreuses années. Mais si discret autrefois (ni un Octavio Paz, ni un Carlos Fuentes n'en auraient fait leur sujet de prédilection), le "narco" est aujourd'hui le sujet qui occupe la devanture des libraires. Juan Villoro, dans son essai "La alfombra roja", sur l'empire du narcoterrorisme a ainsi obtenu cette année le prix du Journalisme Roi en Espagne. Et d'assurer que "Le narcotrafic a gagné les batailles de la culture et de l'information dans une société qui s'est protégée du sujet en le niant".

La question qui se dégage de tout ça en fait, c'est : "la littérature doit-elle être reflet de la réalité et si oui, ne se convertit-elle pas en apologie de la violence et du narcotrafic" ? Les réponses sont cruciales.

Par Gracianne - Publié dans : Narcos - Communauté : Le Mexique
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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 12:43

SquelettesenSucre.jpgLes "Squelettes en sucre" sont livrés en pâture, ça y est. Livrés à la critique intransigeante, la pire de toutes, celle des lecteurs. Mais j'ai une chance folle dans cette adversité, celle d'avoir les meilleurs lecteurs de la terre. L'attaché de presse dit que le livre est bien reçu par les libraires, bien accueilli, et je m'en réjouis. En revanche, côté journalistes, évidemment… Deux interviews vendredi soir, l'une pour Radio Oloron (ma ville de naissance) et l'autre à destination du Maroc. Les Basques continuent de bouder. C'est leur problème, et c'est assez symptomatique de leur relation à l'intellectuel, à l'artistique, et à leurs œillères. Ils n'en ont pas conscience. Ca me nâvre. Mais sur le fond, je m'en fiche un peu. Moi, ma préoccupation, c'est que les livres existent. Et celui-là est devenu réel, concret. Il n'est pas littéraire, on ne pourra pas me reprocher qu'il soit "académique" comme on l'a souvent dit de mon écriture. Histoires abruptes, livrées tel quel. Avec cette maudite faute, page 77, qui m'empoisonne le cervelet, mais bon, passons… Maintenant, j'attends les réactions, les avis, et je tremble un peu. S'il ne plaisait pas, c'est comme si l'on reniait une partie de ce que je suis…

Hormis cela, je vais essayer de préparer ici un petit compte-rendu du mois de mars, côté narcos, parce que ça a chauffé sacrément vers Ciudad Juarez ces jours-ci. Et peut-être que je me fendrai aussi d'un bilan des activités culturelles, parce qu'il s'en est passé pas mal aussi. Mais si j'ai le temps… Car me voilà enfermée au centre de la France pour la semaine, à devoir bosser sur un bouquin ultra sérieux et pointu, et ça va mobiliser toutes mes (pauvres, très pauvres) ressources intellectuelles, je le crains…

En tout cas, je profite de cette page de mon blog pour remercier toutes celles et ceux qui ont répondu présent à mon invitation de vendredi soir ! Du fond du cœur…

Par Gracianne - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le Mexique
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /Mars /2010 11:28
Des mois que je ne vous ai pas écrit, mais ça ne veut pas dire que je ne travaille pas... Il m'a été donné l'occasion de travailler à un rapport sur l'indianité (ou l'indigénisme mexicain, mais ça sonne pas joli???!!!) mexicaine. Je vous mets le début de mon article sur le sujet en lecture, manière que vous ayez quelques chiffres en tête, mais pas tout, parce que vous allez vous ennuyer. Et si vous êtes sages, je traduis très vite un document très intéressant et très rare (ah la bataille pour avoir des documents sur lui !) sur Traven...


Chiffres et lois sur les Indiens

 

Il s'agit, dans un premier temps, de définir "l'indianité". Les termes diffèrent selon leurs utilisateurs : indianité pour certains, indianisme pour d'autres, ou encore indigènisme, c'est bien la preuve que le mot n'existe pas, témoin du reniement de l'existence de ceux qui le composent. L'indien est tellement "rien" qu'il ne mérite pas de mot pour définir ce qu'il représente. Si tant est qu'il représente quelque chose. Aux yeux des Américains, les Mexicains sont une minorité comme une autre. Nous avons bien dit les Mexicains, pas les Indiens. D'une multitude, on fait un tout, un "ensemble" au sens mathématique. Ce tout est le reflet d'un rien. Quantité négligeable. Et celui qui cultive son "indianitude" ne sera qu'un marginal, vieille résurgence des westerns américains. On s'attendra à le voir avec des plumes, une squaw et prêt à scalper le premier "blanc" qui passerait par là. Aux yeux des européens, bien souvent, le mot "indien" n'est associé qu'au toujours parallèle "cow-boy". Et nombreux sont ceux à demander nonchalamment : "Ah bon, il y a des Indiens au Mexique ?" Soyons clairs : il y a du boulot.

 

Pour commencer, autant s'en tenir à l'excellente définition apportée par Yvon Le Bot dans son ouvrage "La grande révolte indienne" (Editions Robert Laffont,  mars 2009) :

"En Amérique latine, le terme indio a une forte connotation raciste et on lui préfère en général celui, plus neutre, d'indígena. A l'exception de certains militants qui brandissent le mot indio pour signifier un renversement de l'identité négative : "Indien est le nom avec lequel ils nous ont dominés, Indien est le nom avec lequel nous nous libérerons" ; en français, à l'inverse, c'est le vocable "indigène" qui revêt le plus souvent une connotation négative parce que renvoyant à la colonisation, et le terme "indien", pourtant lié lui aussi à la conquête et la colonisation de l'Amérique, est plutôt valorisé, pour des raisons qui ne sont pas toujours défendables et qui renvoient au bon sauvage, à l'Indien des westerns, et donc à la compassion ou à l'exotisme ;"

 

Dans cette analyse, nous préférerons utiliser le terme "d'indigène" comme celui d'"originaires d'un pays", employé dans les lois mexicaines ou institutions, plutôt que celui d'Indien, trop connoté. Car au Mexique, le mot "Indien" est immédiatement associé à ceux de "pauvre", "en retard" et "ignorant". Ce qui induit que les Mexicains auront une mission d'aide envers les moins gâtés par l'existence, et le rapport de force s'instaure dans un sens de fort envers faible, chanceux contre malchanceux. Ca part mal, très mal…

Dans son rapport au gouvernement mexicain, intitulé "Los pueblos indígenas de México", Federico Navarrete Linares[1] explique ceci : "Cependant, concéder aux indigènes l'aide des métis et du gouvernement revient à les renier, aussi louable soit l'intention de départ, à leur ôter leur capacité de s'en sortir par eux-mêmes et de résoudre leurs problèmes, quelque chose que les indigènes ont pourtant toujours fait à travers l'histoire et désirent encore faire. Cette attitude est le fondement de plusieurs politiques paternalistes qui ont essayé d'aider les indigènes de l'extérieur, sans prendre en compte ce que ces villages voulaient ou nécessitaient réellement, ce qui a conduit à l'échec."

 

Par essence, il existe de toute manière une connotation du terme "Indigène" au Mexique, en comparaison avec la grande majorité de la population dite "métisse", censée constituer l'essentiel de la population mexicaine. Et si les métis sont la majorité, on en déduit aisèment que, dès lors, les indigènes ne soient plus qu'une… minorité. Comment différencie-t-on l'indigène d'un métis (oserions-nous dire d'un Mexicain ?) : il est celui qui parle une langue différente de la langue nationale (l'espagnol), qui a des coutumes différentes, s'habille de façon distincte, et qui – plus dangereux – ne "s'est pas intégré pleinement à la nation et à la majorité métissée". Aussi caricaturale que soit cette présentation, elle est pourtant le reflet de la pensée généralement admise et véhiculée dans la République mexicaine. Cela en oubliant clairement qu'il existe dans le pays plus de 62 groupes ethno-linguistiques différents. Un autre point est à relever, gênant : en considérant que les indigènes sont les "porteurs" d'une tradition ancestrale qu'ils continuent d'entretenir, on les oppose au développement et au modernisme. Ils ne sont plus les garants de l'histoire, mais ceux qui retardent le pays. Aussi injuste que soit cette pensée, elle existe ! A partir de là, il ne surprendra plus personne que le racisme soit ultra présent dans le pays. Anecdote personnelle, si je puis me permettre, un de mes bons amis mexicains est né "guëro", à savoir très blanc de peau. Tandis que son frère – ah, les hasards de la nature ! – né du même père et de la même mère, a hérité de beaux traits indigènes. Peau cuivrée, yeux sombres, cheveux de jais. Eh bien, mon ami me racontait comment leur propre mère a détesté cet enfant trop "indien" à son goût, pour préférer celui qui était blanc. Autre constat que j'ai pu effectuer sur place, les mères qui viennent de donner naissance à un enfant viennent souvent me le montrer. Au début – moi, européenne, ai toujours trouvé magnifique les bébés "typés" – je ne comprenais pas ce qu'elles venaient chercher, et quand elles me disaient "il est blanc, n'est-ce pas ? Tu ne trouves pas ?", je pensais qu'il me fallait leur répondre que "non, il est beau avec ses yeux noirs et sa peau ambrée". Je me trompais et les vexais sans le vouloir. Toutes les mères indiennes rêvent d'un enfant "guëro", bien blanc ! Elles savent que son avenir et son insertion dans son propre pays en sera facilité. Conséquence induite par la Conquête espagnole, les blancs ou les métis sont connotés plus intelligents, et ils ont forcément raison (s'ils savaient !). C'est pourquoi ils sont encore les premiers sur les listes électorales, les premiers à être au pouvoir. Et nombre d'entre eux en profitent, corrompus jusqu'à la moëlle, pour perpétrer l'asservissement des indigènes. N'oublions pas la télévision où les présentateurs (trices) ont trop souvent des traits "européanisés". En Espagne, lorsqu'on envoie une chanteuse pour occuper le top des hit-parades, elle s'appelle Paulina Rubio, est blonde et la peau blanche. Sans oublier, symbole de l'Amérique latine qui se renie, la colombienne Shakira qui, pour "attaquer" le marché Nord-américain aura dû abandonner sa chevelure brune et devenir la blonde ondulante et sexy que l'on connaît. Dans certaines villes du Mexique, la parole "Indio" est clairement utilisée en forme d'insulte pure, synonyme d'idiot.

Peut-être existe-t-il, implicitement et inconsciemment, une autre explication – plus psychologique – à ce racisme clairement affiché. Les mexicains savent bien que ces indigènes sont les descendants de ces peuples préhispaniques, porteurs d'histoire et de traditions ancestrales. En les repoussant, ils nient certainement le poids de la Conquête, leur propre naissance, puisqu'ils sont – blancs – le résultat du massacre des civilisations d'avant. Comme on aime taper sur La Malinche dans ce pays ! La Malinche, connue aussi sous le nom de Doña Marina était une indigène au service d'Hernan Cortès qui lui permit de parler avec Moctezuma, le dernier empereur aztèque. Elle devint la maîtresse de l'Espagnol dont elle eut un fils. Etre traité de "malinchista" au Mexique est loin d'être un compliment. C'est être un "traître à la Nation". Et c'est tellement pratique d'avoir une indigène "historique" sur laquelle faire peser le poids de toute la rancœur nationale… A savoir ce que d'autres auraient fait à sa place, mais c'est une autre histoire…

 

La loi, rien que la loi ?

 

Commençons par le commencement. Et prenons la première partie de l'Article 2 de la Constitution Politique des Etats-Unis Mexicains :

"La Nation mexicaine est une et indivisible. La Nation bénéficie d'une composition pluriculturelle initiée originellement par sa population indigène descendant des populations qui occupaient le territoire actuel du pays au début de la colonisation et qui conservent leurs propres institutions sociales, économiques, culturelles et politiques, ou une partie d'entre elles. La conscience de cette identité indigène devra être un critère fondamental pour déterminer à qui s'appliquent les dispositions sur les peuples indigènes."

 

On a rarement vu article de loi aussi "mal à l'aise" avec son sujet. Or ce texte a été réformé en 2001, preuve s'il en est que le malaise persiste ! Décryptons. Premièrement ce texte constitutionnel affirme que les indigènes sont les descendants des populations établies dans le pays au moment de l'arrivée des Espagnols en 1517. Mais hic ! Ce critère d'origine pouvait s'appliquer à de nombreux mexicains. Pas indigènes pour autant… Du coup, le législateur s'est senti obligé de rajouter que serait indigène uniquement celui qui aurait conservé totalement ou en partie les cultures, institutions et la forme de vie de ces peuples préhispaniques. Quel embroglio ! Parce que, du fait que ce critère ne suffit pas non plus à distinguer parfaitement le mexicain de l'indigène, on y ajoute un point fumeux : "la conscience de l'identité indigène" ! Se considérer comme indigène, de mieux en mieux ! Quand on sait le racisme et le rejet auxquels sont confrontés les indigènes, autant ne pas trop revendiquer son "indianité". Ajouter à cela que pour bénéficier des lois en faveur des indigènes, il faut pourtant remplir ces trois critères. Sans oublier les "critères ethnolinguistiques et de traits physiques" ajoutés plus loin. Déduction : on est loin de l'autonomie indigène.

 

La langue pour définir l'indigène

 

Là-aussi, ça part mal. Puisque les chiffres officiels de recensement amputent la réalité. Ainsi, les mineurs de moins de 5 ans parlant une langue indigène ne sont pas pris en compte, puisqu'ils ne sont pas encore censés maîtriser la langue mexicaine (l'espagnol).

A cela s'ajoute le fait que beaucoup d'indigènes se déclarent comme tels alors qu'ils ne parlent pas d'autre langue que l'espagnol. Ca se complique.

D'autant que le gouvernement, dans sa grande mansuétude, et souhaitant "éduquer" ses populations indigènes, leur apporte le savoir sous forme d'écoles. Où l'on apprend… l'espagnol et la culture nationale uniformisée. Prenons le magnifique hymne national mexicain. Où parle-t-il de ses indigènes ? Dans quelle strophe ? Peut-être dans la sixième. Mais si tel est le cas, cela fait peur :

"Avant, Patrie, que sans armes tes fils,

Sous le joug, leur échine plient,

Tes campagnes de sang sont irriguées,

Sur le sang s'imprime leur pied.

Et tes temples, tes palais et tes tours

S'effondrent dans un fracas horrible,

Et tes ruines existent en disant :

Par mille héros la patrie ici a été."

 

C'est moi où l'on remercierait presque le colon ? Ainsi donc, la nation mexicaine se contente de ses ruines pour exister ? Et c'est cela que l'on apprend aux indigènes dans les écoles ? Pas surprenant que les indigènes ne connaissent pas leur hymne national, ou peut-être refusent de le chanter. La Nation une et indivisible est un peu mal barrée, si je puis me permettre…

 

 

Yvon Le Bot dans "La grande révolte indienne" dresse un tableau condensé de la réalité mexicaine, dans son paragraphe intitulé "Mexique : la plus forte population indienne" :

"De tous les pays d'Amérique latine, le Mexique est sans doute celui qui compte le plus grand nombre d'Indiens. Depuis 1930 les recensements retiennent comme critère de base la pratique linguistique. Le nombre de locuteurs dans les langues indiennes a crû considérablement dans la seconde moitié du Xxème siècle.

Le recensement de 2000 a eu recours à une double auto-identification : ethnoraciale (5 300 000 se déclarent indiens) et linguistique (6 320 000 déclarent parler une langue indienne, soit 1 000 000 de plus que dix ans auparavant). La différence entre ces deux chiffres illustre la dissociation de l'identification ethnoraciale et de la pratique linguistique : dans un environnement imprégné de racisme, se déclarer indien n'est pas chose évidente (2 240 000 personnes ne répondent pas à la question correspondante) et un grand nombre de locuteurs en langue indienne ne se reconnaissent pas comme indiens. Si l'on applique à ces données un critère plus affiné (sont indiennes les personnes qui disent parler une langue indienne ou qui vivent dans un foyer dont l'un des membres au moins parle une langue indienne), on obtient un volume de population indienne supérieur à 10 000 000 (environ 10% de la population totale). On dénombre aujourd'hui, au Mexique, cinquante-sept langues autochtones, plus quelques langues parlées par des immigrés indiens guatémaltèques. Cinq d'entre elles, le nahuatl, le maya yucatèque, le zapotèque, le mixtèque et l'otomi, regroupent à elles seules plus de la moitié des locuteurs en langue indienne."

 

Revevons un instant sur le système de "recensement" de l'identification indienne. Il faut donc parler une langue indienne ou appartenir à une famille où est parlée la langue par un membre au moins pour pouvoir s'affirmer indien. On imagine sans mal quelle serait la réaction des Basques ou des Bretons, voire des Corses, si on exigeait les mêmes impératifs pour autoriser leur "nationalité" !

Des chiffres édités par le "Sistema de indicadores sobre la Población Indígena de México", publiés en 2000, donnent une vision intéressante de la répartition des indigènes dans la population. Ainsi, l'on y apprend que sur une population totale de 103.263.388 de personnes, plus de neuf millions sont des indigènes. Ce qui représente la bagatelle de 9.54% de la population totale. Au sein de ce pourcentage, on oublie d'insister sur le fait que 25.4% sont analphabètes (15 ans et plus) et que 8.4% des 6 à 14 ans n'ont pas accès à l'école. Evidemment, avec un système de recensement pareil, on aboutit à quelques aberrations bien senties. Ainsi, des indigènes qui ne parlent pas la langue se réclament pourtant comme tels. Et d'autres qui parlent la langue ne se revendiquent pas indigènes. Je citerai ici une de mes amies qui parle couramment le zapotèque, a des traits indigènes, mais refuse clairement de dire un seul mot de zapotèque, car c'est une honte pour elle. Quel dommage ! Encore combien d'années avant que ces derniers prennent la conscience de l'or qu'ils ont en eux ?



[1] Docteur en études mésoaméricaines à l'UNAM (Université Nationale Autonome de México). Spécialisé dans l'étude des groupes indigènes du Mexique préhispanique, colonial, contemporain.

Par Gracianne - Publié dans : Politique - Communauté : Le Mexique
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 10:47

Décidément, c'est chaud chez nous, en ce moment. Alors, l'autre jour, est venu nous voir un archéologoque-topographe-chaipasquoi qui nous a expliqué qu'il faut qu'on fasse l'étude d'impact ambiental pour notre possession de plage. La bagatelle devrait me coûter dans les 6.000 euros, sachant que ça ne m'appartiendra toutefois jamais, puisque je n'ai pas la nationalité mexicaine. Tu parles d'une bonne nouvelle ! Bon mais ça ce sont les aléas (qu'on se garde bien de dire aux acheteurs étrangers sur la côte ! ils sont fous les Mexicains mais pas cons) et ça ne m'étonne qu'à moitié. En revanche, ça m'agaçe complétement, oui. Alors bien entendu, je fais l'impasse sur les propositions de "faux-papiers" qu'on m'a fait de façon toute officielle. J'ai contacté l'avocate qui ne me propose pas mieux, d'ailleurs, si ce n'est de tout mettre au nom d'un Mexicain de confiance. Seulement voilà, on veut bien te faire un faux-papier qui ne te servira à rien en cas de pépin, mais faut que tu payes le fonctionnaire corrompu pour te le faire, hein. Sinon, c'est moins drôle. Mais allez, là n'est pas le sujet du jour.

Après l'influenza (la grippe A), j'allais oublier de vous raconter la Dengue ! Donc, nous avons reçu la visite d'un type du gouvernement chargé de voir si nous avions de la fièvre, si nos moustiquaires étaient en bon état, s'il n'y avait pas d'eau croupie chez nous, et de nous faire la leçon… Me suis dit "tiens, y a pied dans la chaussette" ! Et aujourd'hui, effectivement, paraît un article dans l'Universal tout à fait alarmant sur le sujet, concernant la province de Oaxaca. Je vous traduis, brave que je suis :

"On durçit les mesures contre la dengue à Oaxaca

Le secrétaire de Santé du gouvernement de Oaxaca, Martin Velasquez Villanueva, a informé que s'étaient renforcées les mesures de contrôle sanitaire dans les régions de l'Isthme de Tehuantepec et sur la Côte, devant l'augmentation de cas de dengue et de grippe H1N1, présents également au Chiapas et à Veracruz.

Interviewé au cours de la 63ème réunion nationale de santé publicque, qui se tient en ce moment à Oaxaca, Vasquez Villanueva a précisé que la province oaxaqueña occupe le neuvième rang national pour l'incidence de la dengue, avec 1.666 cas en ce moment.

Au total, 1.521 correspondent à la forme classique (Nda : on n'en meurt pas mais on est très très malade), et 145 sont hémorragiques (Nda : là, on m'a expliqué qu'il ne te reste plus qu'à prier, parce que si tout va bien, façon de parler, t'en réchapperas pas), a dit le secrétaire à la santé qui a invité les oaxaqueños à ne pas baisser la garde en ce qui concerne le désherbage des patios, la propreté des bassins, et l'attention à l'eau en général.

… En accord avec les chiffres des Services de Santé de Oaxaca (SSO), les régions qui présentent les pourcentages les plus hauts de dengue dans la province sont Tuxtepec avec 686 cas (41.2%), l'Isthme avec 519 cas (31.2%) et la Côte (Nda : zut, zut, et re-zut !!!!) avec 405 cas (24.4%)."

Non, mais ouais, t'as raison, quand ça veut pas aller, ça veut pas. Y a des périodes comme ça !


Sinon, on te donne des nouvelles de Junior : ça suit son cours tout doucement. Il n'est plus sous Sigrix, et avec un peu de chance "on le réveillera" vendredi ou samedi de son long sommeil. Il paraît qu'il a perdu entre 20 et 30 kilos (j'ai peur de voir ça). Et maintenant, le tout, c'est de savoir comment il va aller au réveil. Le truc qui les préoccupe un peu c'est son taux de sodium trop élevé et le fait qu'il n'évacue pas l'eau de son corps. Bizarre. C'est quoi encore ce truc ? Rien, j'espère… Vous tiens au courant de toute façon.


Sinon, j'envisage de faire venir en France la petite Ana qui travaille pour nous, là-bas. Et de lui apprendre le français. Donc si quelqu'un par là a une méthode pour apprendre notre belle langue, je suis preneuse, parce que je ne sais pas du tout comment je vais lui enseigner ça. Note, j'ai encore mes livres d'espagnol de quand j'étais gosse. Pareil je transpose. Ca pourrait bien le faire, ça…


Et je galère toujours pour trouver un traducteur du français au mexicain. A croire que ça n'existe pas ! De toute façon, ça n'intéressera aucun éditeur français, alors je ne sais pas pourquoi je me fatigue. Mais comme là, je suis dans une phase aiguë d'écriture, ça me triture le neurone, évidemment. J'écris la nuit, pour conserver du temps le jour afin de bosser, ce qui a tout de même donné cette semaine une nuit blanche de dimanche à lundi, et cette nuit, levée à 4h30 pour écrire encore. On dirait Amélie Nothomb, dis donc. Le souci d'éditeur en moins pour elle (hum, et deux ou trois autres détails, genre le talent). En tout cas, d'un point de vue horaire, c'est tout pareil. Dès que mes nouvelles seront finies, j'attaquerai enfin le bouquin sur ma chamane. Mais pour cela, il faut impérativement que je retourne dans la Sierra Mazatèque, et je vais tout vous avouer : ça ne me tente pas beaucoup. Là-bas, ça caille, et les indigènes sont un peu, comment dire, "hostiles" aux blancs ? Zut, juste au moment où je veux me reteindre les cheveux en blond, c'est dommage… Mais y a pas, faut que je fasse ce bouquin, j'ai toute la doc, ma chamane est célébrissime au Mexique et il n'existe pourtant aucun roman sur elle. Plaît-il, qu'est-ce que tu dis, toi, là-bas, au fond ? Que… je me crève le cul pour rien puisque je n'ai plus d'éditeur ? Euh, ouais, c'est pas faux. Mais t'es pas obligé non plus d'être désagréable avec ta lucidité à la noix…

Par Gracianne - Communauté : Le Mexique
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