Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 23:48

Quelques nouvelles du front ? C'est que je ne sais pas vraiment par où commencer. Pour le bilan de la semaine de voyage, il faudra attendre un petit peu, que j'aie la possibilité de charger les photos (et ça, croyez-moi, c'est pas gagné) mais pour vous la faire courte (ou rajouter au suspens), sachez qu'il y aura au programme Catemaco et une visite chez le chaman, Tlacotalpan et comment j'ai appris le "danzon" (siiiii...), puis Veracruz (deux heures en tout et pour tout, tellement c'est moche), Coatzacoalcos, Villahermosa et le parque de las Ventas avec têtes olmèques au programme (des statues, ne vous emballez pas) et animaux coatils (hein que vous savez pas ce que c'est, hein ?), puis Palenque et la visite de Bonampak, avec une rencontre incroyable des indiens Lacandons. Il me tarde déjà de retourner les voir ! Mais c'est que depuis le retour au village, une autre activité a supplanté les délicieux souvenirs de vacances.

Primo, le copain Franck, ben oui quoi, l'ouragan. Notre premier, ça se fête ! Ben pas vraiment, parce que si vous voulez tout savoir, c'est pas top rigolo un ouragan. D'abord, y a rien à faire sinon attendre que ça passe. Ca pleut beaucoup, il fait pas chaud, et surtout, ça pleut dedans, donc les draps sont mouillés, les lits aussi, les sols n'en parlons pas ! La télé ne marche plus, Internet pas mieux, et l'électricité fait le yo-yo. Bref, il ne vous reste plus qu'à contempler, maussade, les éléments qui se déchainent en priant pour que le toit de palme ne s'envole pas ! Bien entendu, pas question de sortir manger, il n'y a plus rien, et c'est pas glop. Mais on a survécu ! Le premier qui me dit que j'ai minci, je lui allonge une claque féroce !

Bien sûr, après Franck, l'heure est au bilan, on éponge, on fait tout sécher, on arrache les palapas mortes, on sort les arbres qui ont eu l'idée saugrenue de tomber sur la route (enfin, route est un grand mot, c'est plutôt devenu une piste de brousse, couverte de boue, et parsemée de gros trous dans lesquels on perd ses jantes, et ses amortisseurs ! J'ai testé pour vous). L'effarement vient de ce que j'apprends qu'on dénombre des cas de choléra. De choléra ???!!!! Vous vous rendez compte ?

 

Mais la préoccupation "médicale" du moment au village, c'est plutôt la Dengue. Chaque jour apporte son nouveau nombre de cas recensés. La femme de Julien, Cathy, l'a chopée (pour la 3ème fois), le mari d'Isis aussi, et là, je viens de croiser un mec avec un gros pull (alors qu'il fait plus de 30 degrés à l'aise) qui se plaignait d'avoir froid et qui a de la fièvre. Même notre Pepe national me dit qu'il a eu froid cette nuit, ce qui me laisse présager le pire. On met du "repelente", mais je crains que ce ne soit pas suffisant. Si on passe au travers, on aura du bol. Le souci avec la dengue, c'est la version hémorragique qui peut être fatale (et l'est souvent). Il parait que des types doivent passer maison par maison pour tout fumigéner, mais en attendant, on voit personne arriver et la maladie se propage plus vite que l'intervention des pouvoirs publics !

 

En parlant de pouvoirs publics, ce matin, c'est la grogne générale au village. Trois gamins d'une vingtaine d'années, l'un d'Arroyo Tres, l'autre du Chiapas et un gosse du village sont partis en mer avant-hier. Le petit du village avait pris une "multa" énorme pour son taxi et ne pouvait pas la payer. Est-ce l'inconsciance de la jeunesse ou le besoin d'argent, toujours est-il que les mioches se sont mis en tête d'aller pêcher le requin (tiburon) sans rien y connaître, sauf le gamin du Chiapas. Et que je te pars en mer avec une bouteille de Coca comme seule réserve, pas de radio, et une barque à moteur. Les recherches ont commencé ce matin, et tous les pêcheurs de la côte sont mobilisés. Nous sommes tous à guetter la mer, à attendre qu'ils rentrent ce soir pour avoir des nouvelles. César est venu tout à l'heure (pour me montrer Frida, sa fille dont j'ai choisi le prénom), et s'est assis face à la mer, bien triste. Il lui est arrivé la même chose, il y a cinq ans, et heureusement, il s'en est sorti car Pepe l'a retrouvé. Depuis, il ne met plus les pieds sur un bateau. On le comprend. A vrai dire, depuis ce matin, tout le monde se croise et demande s'il y a du nouveau, mais rien ne tombe. La radio est branchée sur les lanchas des pêcheurs, mais aucune nouvelle des gosses. Le village se prépare à faire son deuil, avec une révolte qui monte doucement mais sûrement : "pas un avion n'a été envoyé pour chercher les marmots, alors que (voir ce blog), quand les narcos avaient perdu leurs 4 tonnes de cocaïne, ça survolait la zone à coup d'hélicos et d'avions sans arrêt ! Bref, que trois gamins périssent en mer, ça ne fait ni chaud ni froid à ce putain de gouvernement. Finalement, le gouverneur Ulises Ruiz d'Oaxaca a dégagé, mais l'arrivée de Gabino Cue ne change pas grand-chose. Je le répète, la vie vaut peu ici. Très peu. Hier, devant nous en voiture, un mec a écrasé sciemment (quand on ne freine pas, et qu'on ne fait aucun écart pour éviter l'obstacle, j'appelle ça "sciemment) un chien. Je suis descendue mais la bête était mortellement blessée et se vidait de son sang. J'ai hurlé tout ce que j'ai pu après le type, on a essayé de le rattraper, mais il avait disparu. Je l'aurais maudit ! Aujourd'hui, en comparaison, la disparition des trois gamins rend l'incident dérisoire, mais révélateur : oui, la vie vaut peu de chose ici.

Certains m'ont dit tout à l'heure : "que veux-tu, c'est ça le Mexique ! Et c'est de notre faute, c'est nous qui mettons en place des politiques pourris". C'est vrai, mais tout de même ! D'autres disent comme moi, que c'est dégueulasse, et que pour l'argent, ils se bougent, mais pour chercher une barque de pêcheurs, ça ne les intéresse pas. Et le devoir de protection des habitants, alors ? J'espère vraiment que nos pêcheurs à nous vont retrouver la lancha, et qu'on en sera tous pour une bonne frousse. Parce que si les mômes y restent, à la douleur s'ajoutera une grande colère...

Tout ce qui arrive en ce moment, je l'ai annoncé il y a un an déjà. L'épidémie de Dengue, le départ des touristes, l'abandon de la zone. Pourquoi est-ce que, moi, étrangère, j'aurais plus de clairvoyance que les politiques du coin ? Ne voient-ils pas ? Ou ne veulent-ils pas voir ? Ne me donnez pas la réponse, je crois que je sais déjà...

 

Par Gracianne - Publié dans : Revue de Presse - Communauté : Le Mexique
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Vendredi 13 août 2010 5 13 /08 /Août /2010 04:40

Qu'est-ce que vous croyez ? Qu'une simple saison des pluies, ça s'arrête à quelques goutelettes, et basta ? Point du tout. Autant la "selva" s'est faite agréablement verdoyante, autant pour les humains, c'est un peu l'opération "les dieux ont décidé de se bidonner" ! Le chemin qui n'était pas déjà une merveille du genre, est recouvert de boue qui sèche et crée une épaisseur dégueulasse, presque impraticable. L'humidité s'infiltre partout, y compris dans mon ordinateur joyeusement cadenassé sous des tonnes de molleton, de plastique, de serviettes de plage, le tout enfermé dans une armoire en bois. Malgré ces précautions, le clavier a pris sa dose de sel et d'eau, et j'ai une grande révélation à vous faire : depuis, il marche beaucoup moins bien. Hier, ai filé à Huatulco acheter un clavier externe, mais j'ai beau désactiver le précédent, le nouveau prend les mêmes mauvaises habitudes : il écrit tout seul (des "e" surtout, il adore les "e", la semaine dernière, c'était les "z" !). Juste au moment où je suis sensée ré-écrire mon roman "Une vie plus loin" pour publication au Canada en 2011, ça me rend légérement fumasse... Du coup, je peins... Ca me permet de passer mes nerfs en partie...

 

Côté animaux, ce serait trop long de tout raconter. En notre absence, la chatte Sardina s'était barrée, elle est revenue dès que nous avons posé les valises, et surprise... c'est un male ! Youpi, du coup, je ne sais plus comment l'appeler... Mais elle-il n'est pas tout seul, est également arrivé à la maison, Pancho, le chat d'Amado qui a élu domicile chez nous (la bouffe est mieux, y a pas photo, entre rien et du jambon d'York, vous choisiriez quoi, vous ?). Depuis deux jours, c'est aussi le chien d'Amado qui dort sur notre terrasse et semble se croire obligé de me suivre partout. Il faut juste faire abstraction du fait que la bestiole doit peser 30 bons kilos. Sinon, Chiquitin va bien, Lobo aussi... Bref, cette baraque est une vraie ménagerie.

 

Sans parler des gosses ! Roberto Carlos et Diana sont arrivés aussitôt qu'ils ont su que nous étions là. Nous passons d'excellents moments ensemble, vraiment. La préoccupation va plutôt côté Frida (née le 7 mars) dont je dois être marraine. Elle est tombée malade il y a plus d'un mois, et les trèèèèèsssss mauvais docteurs du coin semblent infichus de la soigner. Ce soir, j'ai lu et relu les analyses de sang, mais apparait juste une anémie et une infection urinaire. Dans ces cas-là, je regrette de ne pas avoir fait médecine. C'est quand même autrement utile que d'être scribouillard. Demain, les parents iront voir le curé, pour voir s'il accepte que je sois marraine. Ben oui, ici les curés ont pouvoir total sur la décision. Il va falloir lui graisser la patte pour qu'il accepte, because a) je ne suis pas mariée (brouuu, fille du Diable, va !), je ne me trimballe pas toute la sainte journée avec un papier attestant que j'ai été baptisée (re vade retro satanas), les parents de l'enfant ne sont pas mariés non plus (ouhhhh les vilains qui ont conçu l'enfant du pêché) et même s'il accepte, faudra que je le rencontre quatre fois, pour parler, et qu'il juge si je suis digne d'être une bonne marraine. C'est pas gagné ! Surtout ne pas dire ce que je pense, surtout, surtout, tenir ma langue, pour le bien de Frida !!!! Bah, je pense qu'avec 500 pesos, on devrait s'en tirer avec son absolution. Enfin, j'espère !

 

Pepe s'est cassé la figure il y a un mois. Résultat, il se balade avec la main bandée et de grosses vis qui sortent du bras, un truc barbare qui fait carrément flipper, et qu'on ne fait plus en France depuis des siècles. Quand il m'a raconté comment l'ont reçu les docteurs (idem pour les parents de Frida), j'ai cru me transformer illico en sous-commandant Marcos et mener une révolution. C'est juste honteux !

 

La situation touristique ? L'horreur ! Ben avec les chemins dans l'état sus-cité, le fait que le temps soit gris et pluvieux, ça n'arrange rien, et Dieu sait s'il n'était aucun besoin de ça... La cata ! Je n'ai pas de nouvelles de Luz Elena et la revue n'est même pas sortie cet été, c'est dire si ça va mal...

Du coup, nous allons certainement partir en voyage demain ou samedi pour Veracruz, Cotzacoalcos (Tabasco) et peut-être même Campeche (Yucatan)... histoire de voir du pays, et sait-on jamais, de trouver du soleil, entre autres choses...

Si jamais je ne suis pas trop de mauvaise humeur, je reviendrai peut-être vous raconter, mais c'est pas encore gagné.

Par Gracianne
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 16:03

 

diegofernandezcevallook

Bizarre cet "enlèvement" ou du moins disparition de l'ancien sénateur et ex-candidat du PAN à la présidence mexicaine ! Bizarre dans la mesure où les présumés ravisseurs ne se manifestent toujours pas après trois jours de disparition du bonhomme, ne demandent pas de rançon, ne revendiquent rien… Mais c'est vrai aussi qu'au Mexique, rien n'est jamais simple ! Ceux qui avaient ouvertement soupçonné EPR (Ejercito Popular Revolucionario) en ont été pour leurs frais. Ces derniers ont immédiatement balancé un communiqué, affirmant qu'ils ne savaient rien de cette affaire. Et en ont profité pour rajouter au passage une petite pique bien sentie, du genre "qu'on ne se mobiliserait pas autant au niveau de l'Etat mexicain, s'il s'agissait d'un individu moins connu que Fernandez de Cevallos". Et toc !

Côté PGR, Procuradoria General de la Republica, on est sérieusement enquiquinés par le silence persistant des présumés ravisseurs et on s'obstine à qualifier l'ex-candidat à la présidence de "simple disparu". Ben tiens !

Le fiston de Diego, par la voix de son avocat, appelle les ravisseurs à entrer en contact avec la famille. Tout ça à moins de deux mois d'élections de députés dans le pays, y a pas, ça secoue ! Ou alors il s'agit d'une sublime feinte, poudre de perlimpinpin soufflée à la face des citoyens pour dissimuler toutes les autres magouilles ! Ce ne serait pas la première fois qu'on agirait de la sorte dans ce pays.

 

Pour petit rappel des faits, c'est samedi que le personnage politique a disparu de sa ferme, dans la province de Quérétaro. Le veilleur de sa propriété, Israël, rappelle les circonstances de "l'évaporation dans la nature" de son "patron" :

"Fernandez de Cevallos arrivait toujours à la même heure, un peu plus tôt ou un peu plus tard. Je ne sors pas, je sais que c'est lui. Je l'ai entendu arriver et je me suis rendormi. Le matin, j'allais pour entrer dans la maison, et je l'ai vue ouverte, ainsi que la camionnette avec laquelle il était venu. Je me suis approché et j'ai vu une tâche de sang, ça m'a fait peur. Il y avait aussi les ciseaux qu'il utilise pour se couper la barbe et porte toujours sur lui. Ainsi que ses lunettes. Elles n'étaient pas cassées. Je me suis dépêché d'aller prévenir la famille, ils m'ont demandé de rester sur place, qu'ils arrivaient et que je devais tout bien leur expliquer. Ils sont arrivés, et après cela, tout ce qui a suivi… Je ne peux pas m'en aller, je continue à faire mon travail. Tu imagines ? C'est le patron !"

 

Les hélicoptères ont débarqué, la police a fouillé tous les environs (on imagine sans mal avec quelle minutie !) mais rien de rien, nada, pas de trace du bonhomme. Ils ont beau bouger les pierres, déterrer les arbustes, fouiller le moindre recoin de cet endroit pour le moins isolé, pas de trace de Diego Fernandez de Cevallos. Alors ? Enlevé ou pas ? Pour sûr, les jours prochains nous renseigneront sur la chose. Et je vous promets de vous tenir au courant. On ne sait jamais, des fois que ça vous intéresse…

Par Gracianne - Publié dans : Politique - Communauté : Le Mexique
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Jeudi 13 mai 2010 4 13 /05 /Mai /2010 17:01

Il paraît qu'il fait froid en France ! Les veinards !

Ici, depuis une semaine, les températures sont montées en flêche, et on ne peut pas dire qu'auparavant il faisait déjà spécialement froid ! Du coup, le seul endroit où je me sente un peu mieux, c'est dans l'eau... dont la température a grimpé également. Les nuits sont un enfer et j'ai du mal à dormir. Sinon quoi de neuf au pays ? Voyons... commençons par les catastrophes : la situation économique est désastreuse (on verra tout à l'heure pourquoi), donc c'est misère +++ à tous les étages. Les restos sont déserts et ferment, les épiceries sont vides et il devient difficile de se procurer le strict nécessaire au village. Il faut courir à la première ville indigène, Pochutla, pour refaire le plein. Les seuls qui s'en sortent sont les "luxueux" endroits "étrangers"... résultat, on se fait taxer de partout, parce que tout ce petit monde crève la dalle. Plus de télé, plus d'internet, de téléphone, tous se font couper les lignes pour "absence de paiement". Pourquoi il n'y a pas de touristes ? D'abord parce qu'il y a la Dengue qui a fait son grand retour. J'en avais vaguement parlé il y a quelque temps, je ne m'étais hélas pas trompée. Rien qu'à la posada du village (reprise récemment par deux français qui ne vont pas tarder à être dégoutés), 7 cas en un mois. Même Claire que nous connaissons l'a chopée en décembre, et la dengue hémorragique s'il vous plaît, à savoir qu'elle a failli y passer l'air de rien. Donc, ça fait fuir un peu les foules, et on les comprend. Ensuite, une augmentation record du nombre d'enlèvements. Pas de grands kidnappings non ! Mais des "enlèvements minute" comme ils disent ici, pour toucher de 1.000 à 4.000 pesos. Tout de même, pas très agréable. Et puis, le pire de tout, des morts... Un Canadien tué à Zipolite alors qu'il venait là depuis trois ans en vacances, des "qui tombent dans des puits par inadvertance", et même un toubib de Pochutla qui est mort cramé dans sa voiture toute neuve au Cuatode. Les voisins l'ont entendu griller en direct. La police a conclu (ben tiens !) à une défaillance technique du véhicule (tout neuf, je le rappelle) tandis qu'ici je récolte les différentes versions de la chose :

- il avait pris le globe, il était insultant et méprisant, et tu sais, ça coûte que 5.000 pesos de se débarasser d'un mec ;

- il touchait au narco-trafic

- il était dans le trafic d'organes (voir ma nouvelle dans "Squelettes en sucre" sur le sujet)

Bref, le type a cramé près d'un "tope" du Cuatode, et on peut encore "admirer" les restes du véhicule sur le bas côté de la route, juste à côté du petit autel qui lui a été dédié.

Donc, tout ça n'incite pas à traîner dans les environs, c'est clair.. Ah, et le pire de tout, mon ami "Pecoso" le chien est mort le mois dernier (ces crétins l'ont fait castrer. Ici, ça se passe à la chaîne, une trentaine de chiens, un gringo même pas vétérinaire qui te fait ça pour 30 pesos, et qui leur esclatche les testicules avec deux cailloux, basta).

 

Mais il y a aussi les bonnes choses, évidemment.

Pecoso enterré sur la plage, c'est une petite Chiquitin qui a fait son entrée dans ma vie. Au début, je ne voulais pas m'y attacher mais elle est vraiment trop craquante et par bien des égards me rappelle une dénommée Chipie. J'espère qu'il ne lui arrivera rien de mal, mais faut pas trop rêver. Et puis, la semaine dernière, est arrivée Sardina, une petite chatte. C'est Berto qui me l'a dégotée dans le village, errant, affamée, et maltraitée par les gamins qui menaçaient de la tuer. Traumatisée ? Pensez donc ! En deux minutes, elle ronronnait, mangeait sa boite de thon, prenait ses marques comme si elle avait compris que ça y est, les embrouilles étaient terminées et qu'elle avait trouvé un foyer. Trop craquante, vraiment. Comme elle puait la sardine, son nom a été vite trouvé.

 

Lundi, c'était le "dia de la madre", la fête des mères en somme. J'ai été invitée à deux fêtes (ici, on se fiche que je n'ai pas d'enfant officiel, il y a Roberto Carlos qui est tout le temps avec moi, donc - et même aux yeux de sa mère - il est mon fils, point). Le matin, j'étais avec sa mère donc, à l'école de San Isidro pour voir le petit spectacle du jardin d'enfants où il va. C'était adorable. J'ai donc pu voir "le méchant qui le tape" et "la très vilaine avec qui il devait danser et qui faisait qu'il ne voulait pas aller au spectacle pour ne pas être vu à ses côtés" !!!! Une mini guelaguetza, et j'ai craqué en voyant le petit dans la tenue blanche traditionnelle, avec son petit sarape bariolé; Trop mignon. Le soir, re-fête au village cette fois, avec musique, nourriture, et loterie pour les mamans (super, j'ai gagné une bassine en plastique comme toutes les autres mères !). Ce qui fait plaisir c'est d'être ainsi intégrés. J'étais la seule "maman" blanche, et tout le monde me souriait, c'était très sympa. Comme j'ai soufflé à Arbi le prénom de son bébé (Frida, cherchez pas), elle m'a même félicité pour ma première fête des mères en temps que maman adoptive de Frida. Super ! Encore une ! La maison ne va pas tarder à se remplir de chats, de chiens et de mioches...

 

Les travaux pour la maison avançent. En cours, les bambous (quelle histoire, ça mériterait un roman ! mais je garde ça pour mon journal privé !) de la "cochera", la terrasse bientôt en jaune, de nouvelles portes (avec un dessin aztèque dessus), et mon bureau fait sur mesure qui arrive demain. YEHHHHH, le premier bureau de ma vie ! J'en rêvais, ils l'ont fait. Je suis allée chez le carpintero hier, et ça avance bien (je suis sa seule cliente !), et vraiment, il me tarde de voir ça installé. Contre la promesse d'un mezcal demain, j'ai l'assurance qu'il va livrer en temps et en heure. Ouhlala, les livres que je vais pouvoir écrire là-dessus ! Quant à la table qui officiait jusqu'à présent comme bureau, elle me servira pour peindre... Du pur bonheur ! En parlant de livres, j'ai commencé à récupérer des témoignages sur l'époque où ils massacraient les tortues ici, et j'envisage d'en faire une saga, on verra bien. Je suis également penchée sur un bouquin concernant Traven (eh oui, je ne lâche pas l'affaire, passion quand tu nous tiens).

 

Voilà, c'était le petit tour d'horizon du moment. Avec un peu de chance, je reviendrai bien vite vous raconter d'autres histoires...

Par Gracianne - Communauté : Le Mexique
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Mercredi 31 mars 2010 3 31 /03 /Mars /2010 09:26

L'interview de Gracianne Hastoy

Livre : Squelettes en sucre

Sous-titre : histoires indigènes de la province d'Oaxaca

Editeur : Séguier (Paris)

ISBN : 978-2-8404-9605-2

Prix : 22 euros

 

 

Rédaction : Après cinq ans d'absence, vous revenez avec un sujet totalement différent sur le Mexique. Est-ce à dire que vous tenez la promesse faite il y a cinq ans de ne plus jamais écrire sur le Pays basque ?

 

Gracianne Hastoy : Exact, à une exception près, celle de continuer à intervenir chaque fois qu'on me le demandera sur les sorcières de Zugarramurdi. C'est pour cela que j'ai accepté de préfacer le livre de Régis Duvignau sur le sujet il y a quelques mois ("Pays de Sorcières", éditions Atlantica). En dehors de cela, l'expérience "Mikel et Soledad", co-écrit avec Jean Chalvidant, m'a effectivement fait décider de ne plus écrire de romans sur le Pays basque. De toute manière, cela tombait bien, le Mexique était là, et j'avais une furieuse envie de transformer ma passion pour ce pays en livre. C'est ma seule façon de dire que j'aime, somme toute.

 

Rédaction : Ok, alors un livre sur le Mexique, on a déjà vu, non ?

 

Gracianne Hastoy : Pensez-donc ! Celui-là est unique (rires). D'abord, parce que même s'il est signé de moi, je ne suis que celle qui retranscrit, mais toutes les nouvelles que je traite ici m'ont été racontées par des indigènes du Mexique. En fait, je ne suis qu'un transfuge. Depuis B. Traven, peu de livres "mexicains" ont parlé des indigènes. Il y en a, bien sûr, mais peu de romans, peu de nouvelles. Il y a la parole des historiens, des politiques, des narcos (très à la mode), mais la situation toujours catastrophique des indigènes au Mexique intéresse peu. En outre, le Chiapas focalise un peu toute l'attention, des ONG et autres, et j'étais un peu agacée que dans ma province, Oaxaca, on ne soit pas assez "pauvres" pour susciter l'intérêt, alors que 50% des gamins y sont en dénutrition. C'est ma façon d'alerter et de sensibiliser à ce coin de paradis qui cache beaucoup de misère.

 

Rédaction : Il paraît qu'on vous appelle "la guëra" là-bas, qu'est-ce que ça signifie ?

 

Gracianne Hastoy : Guëra, guëreja, je ne compte plus (rires). Ca signifie "la blanche", rien de bien original à ça. Mais si vous voulez mon avis, je préfère être surnommée ainsi que "gringa" qui reste toujours aussi péjoratif.

 

Rédaction : 2010, vous avez choisi sciemment de sortir ce livre en cette année importante pour le Mexique ?

 

Gracianne Hastoy : Oui. C'est en effet une grosse année pour le Mexique, puisqu'on y célèbre les 200 ans de l'Indépendance et le centenaire de la Révolution. Je crois que c'est le moment de faire le point. On a vu, il y a quelques jours, que l'homme le plus riche du monde est un Mexicain, Carlos Slim. C'est fou, parce que le pays a beaucoup souffert de l'impact touristique de la grippe A (rappelez-vous, il y a un an, tout a démarré de là-bas), paye cher le prix sur une économie déjà fragile, bataille dans la guerre contre les narcos avec quelque 600 morts par mois rien que pour la ville de Ciudad Juarez, et dans le même temps, nous sort le type le plus riche du monde. Voilà, c'est ça mon livre, toutes ces ambivalences, ces paradoxes. C'est fascinant, non ?

 

Rédaction : Vous avez dit tout à l'heure "ma" province, en parlant d'Oaxaca. Vous vous y êtes installée définitivement ?

 

Gracianne Hastoy : Je suis encore en transit entre le Pays basque et le Mexique, mais il est évident que mon avenir est là-bas. J'y ai trouvé beaucoup de réponses personnelles, et le Mexique m'a beaucoup "construite". Revenir en France est à chaque fois plus difficile. Il faut dire que ce que devient la France en ce moment, surtout quand on s'en éloigne un peu, est un peu fou. Vue de loin, elle est ridicule. Nous sommes à côté de la plaque, c'est grave ! Là-bas, mais comme tous les gens qui voyagent, j'ai réappris la simplicité, l'authenticité, vivre de façon plus sommaire, moins confortable certes, mais aussi plus écologique. J'ai vu des émissions de télé, il y a peu, en France, où l'on envoie des gamins difficiles passer une semaine à l'étranger, pour les calmer. C'est tout le monde qu'il faudrait "recadrer" de la sorte. Se rappeler que ça ne tombe pas tout cuit dans l'assiette. Je vais vous raconter une anecdote qui m'a marquée. L'an dernier, au moment de la grippe A, justement, je me suis retrouvée coincée au Mexique, sans possibilité de rentrer en Europe comme prévu (Bachelot s'était un peu affolée pour rien, mais bon, elle a fait pire après !). Je m'inquiétais parce que je n'avais pas apporté assez d'argent pour un séjour aussi long. Et un indigène m'a dit gentiment et avec un grand sourire : "si nous pouvons survivre ici toute l'année, tu pourras bien survivre quelques semaines de plus, non ? Un poisson, des fruits, tu ne vas pas mourir de faim". Ca m'a définitivement calmée. Il avait tellement raison !

 

Rédaction : Vous ne prononcez jamais le mot "Indien" mais "Indigène" ?

 

Gracianne Hastoy : Ben c'est quand même grave que depuis plus de 500 ans, on trimballe une erreur dialectique pareille. C'est quand même parce que ce bougre de Colomb s'est gourré en 1492 qu'on les a appelés les "Indiens". Donc j'essaie toujours de dire Amérindien ou Indigène, mais parfois, je fais comme tout le monde – les Mexicains aussi le font, hélas ! – et j'utilise le mot "Indien". Je m'en veux après coup, mais c'est un réflexe. Je me soigne, docteur, je me soigne… Pourtant le sujet me tient à cœur, et je bataille, il y a encore tant à faire. Je ne suis pas ce qu'on appelle une révolutionnaire, mais quand je constate la situation des indigènes au Mexique, j'ai vraiment envie d'agir. Ce livre est une modeste pierre à l'édifice, et j'espère qu'il sera reçu ainsi. Il essaie de montrer qu'ils sont détenteurs de l'histoire de ce pays, de ses traditions, de sa culture. Au lieu d'en avoir honte (la Conquista a fait son travail de sape, normal !), il faut qu'ils réapprennent à en être fiers.

 

Rédaction : D'autres projets en cours sur le Mexique ?

 

Gracianne Hastoy : Oui, un roman biographique sur une chamane fameuse de Huautla de Jimenez. Je demeure surprise que le Mexique sache si mal parler de lui, avec cette pudeur chevillée au corps. Les Mexicains ont encore du mal avec leurs idoles. Frida Kahlo est un peu l'exception. Mais d'autres personnages comme Sor Juana de la Cruz (heureusement portée à la notoriété par le grand Octavio Paz) ou Maria Sabina qui sont tout aussi emblématiques n'ont pas encore eu droit à la reconnaissance internationale grâce à des biographies. Je vais essayer, à ma modeste façon, de changer les choses. Avec des mots… comme toujours.

 

Par Gracianne - Publié dans : Livres et auteurs - Communauté : Le Mexique
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