Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 11:28
Des mois que je ne vous ai pas écrit, mais ça ne veut pas dire que je ne travaille pas... Il m'a été donné l'occasion de travailler à un rapport sur l'indianité (ou l'indigénisme mexicain, mais ça sonne pas joli???!!!) mexicaine. Je vous mets le début de mon article sur le sujet en lecture, manière que vous ayez quelques chiffres en tête, mais pas tout, parce que vous allez vous ennuyer. Et si vous êtes sages, je traduis très vite un document très intéressant et très rare (ah la bataille pour avoir des documents sur lui !) sur Traven...


Chiffres et lois sur les Indiens

 

Il s'agit, dans un premier temps, de définir "l'indianité". Les termes diffèrent selon leurs utilisateurs : indianité pour certains, indianisme pour d'autres, ou encore indigènisme, c'est bien la preuve que le mot n'existe pas, témoin du reniement de l'existence de ceux qui le composent. L'indien est tellement "rien" qu'il ne mérite pas de mot pour définir ce qu'il représente. Si tant est qu'il représente quelque chose. Aux yeux des Américains, les Mexicains sont une minorité comme une autre. Nous avons bien dit les Mexicains, pas les Indiens. D'une multitude, on fait un tout, un "ensemble" au sens mathématique. Ce tout est le reflet d'un rien. Quantité négligeable. Et celui qui cultive son "indianitude" ne sera qu'un marginal, vieille résurgence des westerns américains. On s'attendra à le voir avec des plumes, une squaw et prêt à scalper le premier "blanc" qui passerait par là. Aux yeux des européens, bien souvent, le mot "indien" n'est associé qu'au toujours parallèle "cow-boy". Et nombreux sont ceux à demander nonchalamment : "Ah bon, il y a des Indiens au Mexique ?" Soyons clairs : il y a du boulot.

 

Pour commencer, autant s'en tenir à l'excellente définition apportée par Yvon Le Bot dans son ouvrage "La grande révolte indienne" (Editions Robert Laffont,  mars 2009) :

"En Amérique latine, le terme indio a une forte connotation raciste et on lui préfère en général celui, plus neutre, d'indígena. A l'exception de certains militants qui brandissent le mot indio pour signifier un renversement de l'identité négative : "Indien est le nom avec lequel ils nous ont dominés, Indien est le nom avec lequel nous nous libérerons" ; en français, à l'inverse, c'est le vocable "indigène" qui revêt le plus souvent une connotation négative parce que renvoyant à la colonisation, et le terme "indien", pourtant lié lui aussi à la conquête et la colonisation de l'Amérique, est plutôt valorisé, pour des raisons qui ne sont pas toujours défendables et qui renvoient au bon sauvage, à l'Indien des westerns, et donc à la compassion ou à l'exotisme ;"

 

Dans cette analyse, nous préférerons utiliser le terme "d'indigène" comme celui d'"originaires d'un pays", employé dans les lois mexicaines ou institutions, plutôt que celui d'Indien, trop connoté. Car au Mexique, le mot "Indien" est immédiatement associé à ceux de "pauvre", "en retard" et "ignorant". Ce qui induit que les Mexicains auront une mission d'aide envers les moins gâtés par l'existence, et le rapport de force s'instaure dans un sens de fort envers faible, chanceux contre malchanceux. Ca part mal, très mal…

Dans son rapport au gouvernement mexicain, intitulé "Los pueblos indígenas de México", Federico Navarrete Linares[1] explique ceci : "Cependant, concéder aux indigènes l'aide des métis et du gouvernement revient à les renier, aussi louable soit l'intention de départ, à leur ôter leur capacité de s'en sortir par eux-mêmes et de résoudre leurs problèmes, quelque chose que les indigènes ont pourtant toujours fait à travers l'histoire et désirent encore faire. Cette attitude est le fondement de plusieurs politiques paternalistes qui ont essayé d'aider les indigènes de l'extérieur, sans prendre en compte ce que ces villages voulaient ou nécessitaient réellement, ce qui a conduit à l'échec."

 

Par essence, il existe de toute manière une connotation du terme "Indigène" au Mexique, en comparaison avec la grande majorité de la population dite "métisse", censée constituer l'essentiel de la population mexicaine. Et si les métis sont la majorité, on en déduit aisèment que, dès lors, les indigènes ne soient plus qu'une… minorité. Comment différencie-t-on l'indigène d'un métis (oserions-nous dire d'un Mexicain ?) : il est celui qui parle une langue différente de la langue nationale (l'espagnol), qui a des coutumes différentes, s'habille de façon distincte, et qui – plus dangereux – ne "s'est pas intégré pleinement à la nation et à la majorité métissée". Aussi caricaturale que soit cette présentation, elle est pourtant le reflet de la pensée généralement admise et véhiculée dans la République mexicaine. Cela en oubliant clairement qu'il existe dans le pays plus de 62 groupes ethno-linguistiques différents. Un autre point est à relever, gênant : en considérant que les indigènes sont les "porteurs" d'une tradition ancestrale qu'ils continuent d'entretenir, on les oppose au développement et au modernisme. Ils ne sont plus les garants de l'histoire, mais ceux qui retardent le pays. Aussi injuste que soit cette pensée, elle existe ! A partir de là, il ne surprendra plus personne que le racisme soit ultra présent dans le pays. Anecdote personnelle, si je puis me permettre, un de mes bons amis mexicains est né "guëro", à savoir très blanc de peau. Tandis que son frère – ah, les hasards de la nature ! – né du même père et de la même mère, a hérité de beaux traits indigènes. Peau cuivrée, yeux sombres, cheveux de jais. Eh bien, mon ami me racontait comment leur propre mère a détesté cet enfant trop "indien" à son goût, pour préférer celui qui était blanc. Autre constat que j'ai pu effectuer sur place, les mères qui viennent de donner naissance à un enfant viennent souvent me le montrer. Au début – moi, européenne, ai toujours trouvé magnifique les bébés "typés" – je ne comprenais pas ce qu'elles venaient chercher, et quand elles me disaient "il est blanc, n'est-ce pas ? Tu ne trouves pas ?", je pensais qu'il me fallait leur répondre que "non, il est beau avec ses yeux noirs et sa peau ambrée". Je me trompais et les vexais sans le vouloir. Toutes les mères indiennes rêvent d'un enfant "guëro", bien blanc ! Elles savent que son avenir et son insertion dans son propre pays en sera facilité. Conséquence induite par la Conquête espagnole, les blancs ou les métis sont connotés plus intelligents, et ils ont forcément raison (s'ils savaient !). C'est pourquoi ils sont encore les premiers sur les listes électorales, les premiers à être au pouvoir. Et nombre d'entre eux en profitent, corrompus jusqu'à la moëlle, pour perpétrer l'asservissement des indigènes. N'oublions pas la télévision où les présentateurs (trices) ont trop souvent des traits "européanisés". En Espagne, lorsqu'on envoie une chanteuse pour occuper le top des hit-parades, elle s'appelle Paulina Rubio, est blonde et la peau blanche. Sans oublier, symbole de l'Amérique latine qui se renie, la colombienne Shakira qui, pour "attaquer" le marché Nord-américain aura dû abandonner sa chevelure brune et devenir la blonde ondulante et sexy que l'on connaît. Dans certaines villes du Mexique, la parole "Indio" est clairement utilisée en forme d'insulte pure, synonyme d'idiot.

Peut-être existe-t-il, implicitement et inconsciemment, une autre explication – plus psychologique – à ce racisme clairement affiché. Les mexicains savent bien que ces indigènes sont les descendants de ces peuples préhispaniques, porteurs d'histoire et de traditions ancestrales. En les repoussant, ils nient certainement le poids de la Conquête, leur propre naissance, puisqu'ils sont – blancs – le résultat du massacre des civilisations d'avant. Comme on aime taper sur La Malinche dans ce pays ! La Malinche, connue aussi sous le nom de Doña Marina était une indigène au service d'Hernan Cortès qui lui permit de parler avec Moctezuma, le dernier empereur aztèque. Elle devint la maîtresse de l'Espagnol dont elle eut un fils. Etre traité de "malinchista" au Mexique est loin d'être un compliment. C'est être un "traître à la Nation". Et c'est tellement pratique d'avoir une indigène "historique" sur laquelle faire peser le poids de toute la rancœur nationale… A savoir ce que d'autres auraient fait à sa place, mais c'est une autre histoire…

 

La loi, rien que la loi ?

 

Commençons par le commencement. Et prenons la première partie de l'Article 2 de la Constitution Politique des Etats-Unis Mexicains :

"La Nation mexicaine est une et indivisible. La Nation bénéficie d'une composition pluriculturelle initiée originellement par sa population indigène descendant des populations qui occupaient le territoire actuel du pays au début de la colonisation et qui conservent leurs propres institutions sociales, économiques, culturelles et politiques, ou une partie d'entre elles. La conscience de cette identité indigène devra être un critère fondamental pour déterminer à qui s'appliquent les dispositions sur les peuples indigènes."

 

On a rarement vu article de loi aussi "mal à l'aise" avec son sujet. Or ce texte a été réformé en 2001, preuve s'il en est que le malaise persiste ! Décryptons. Premièrement ce texte constitutionnel affirme que les indigènes sont les descendants des populations établies dans le pays au moment de l'arrivée des Espagnols en 1517. Mais hic ! Ce critère d'origine pouvait s'appliquer à de nombreux mexicains. Pas indigènes pour autant… Du coup, le législateur s'est senti obligé de rajouter que serait indigène uniquement celui qui aurait conservé totalement ou en partie les cultures, institutions et la forme de vie de ces peuples préhispaniques. Quel embroglio ! Parce que, du fait que ce critère ne suffit pas non plus à distinguer parfaitement le mexicain de l'indigène, on y ajoute un point fumeux : "la conscience de l'identité indigène" ! Se considérer comme indigène, de mieux en mieux ! Quand on sait le racisme et le rejet auxquels sont confrontés les indigènes, autant ne pas trop revendiquer son "indianité". Ajouter à cela que pour bénéficier des lois en faveur des indigènes, il faut pourtant remplir ces trois critères. Sans oublier les "critères ethnolinguistiques et de traits physiques" ajoutés plus loin. Déduction : on est loin de l'autonomie indigène.

 

La langue pour définir l'indigène

 

Là-aussi, ça part mal. Puisque les chiffres officiels de recensement amputent la réalité. Ainsi, les mineurs de moins de 5 ans parlant une langue indigène ne sont pas pris en compte, puisqu'ils ne sont pas encore censés maîtriser la langue mexicaine (l'espagnol).

A cela s'ajoute le fait que beaucoup d'indigènes se déclarent comme tels alors qu'ils ne parlent pas d'autre langue que l'espagnol. Ca se complique.

D'autant que le gouvernement, dans sa grande mansuétude, et souhaitant "éduquer" ses populations indigènes, leur apporte le savoir sous forme d'écoles. Où l'on apprend… l'espagnol et la culture nationale uniformisée. Prenons le magnifique hymne national mexicain. Où parle-t-il de ses indigènes ? Dans quelle strophe ? Peut-être dans la sixième. Mais si tel est le cas, cela fait peur :

"Avant, Patrie, que sans armes tes fils,

Sous le joug, leur échine plient,

Tes campagnes de sang sont irriguées,

Sur le sang s'imprime leur pied.

Et tes temples, tes palais et tes tours

S'effondrent dans un fracas horrible,

Et tes ruines existent en disant :

Par mille héros la patrie ici a été."

 

C'est moi où l'on remercierait presque le colon ? Ainsi donc, la nation mexicaine se contente de ses ruines pour exister ? Et c'est cela que l'on apprend aux indigènes dans les écoles ? Pas surprenant que les indigènes ne connaissent pas leur hymne national, ou peut-être refusent de le chanter. La Nation une et indivisible est un peu mal barrée, si je puis me permettre…

 

 

Yvon Le Bot dans "La grande révolte indienne" dresse un tableau condensé de la réalité mexicaine, dans son paragraphe intitulé "Mexique : la plus forte population indienne" :

"De tous les pays d'Amérique latine, le Mexique est sans doute celui qui compte le plus grand nombre d'Indiens. Depuis 1930 les recensements retiennent comme critère de base la pratique linguistique. Le nombre de locuteurs dans les langues indiennes a crû considérablement dans la seconde moitié du Xxème siècle.

Le recensement de 2000 a eu recours à une double auto-identification : ethnoraciale (5 300 000 se déclarent indiens) et linguistique (6 320 000 déclarent parler une langue indienne, soit 1 000 000 de plus que dix ans auparavant). La différence entre ces deux chiffres illustre la dissociation de l'identification ethnoraciale et de la pratique linguistique : dans un environnement imprégné de racisme, se déclarer indien n'est pas chose évidente (2 240 000 personnes ne répondent pas à la question correspondante) et un grand nombre de locuteurs en langue indienne ne se reconnaissent pas comme indiens. Si l'on applique à ces données un critère plus affiné (sont indiennes les personnes qui disent parler une langue indienne ou qui vivent dans un foyer dont l'un des membres au moins parle une langue indienne), on obtient un volume de population indienne supérieur à 10 000 000 (environ 10% de la population totale). On dénombre aujourd'hui, au Mexique, cinquante-sept langues autochtones, plus quelques langues parlées par des immigrés indiens guatémaltèques. Cinq d'entre elles, le nahuatl, le maya yucatèque, le zapotèque, le mixtèque et l'otomi, regroupent à elles seules plus de la moitié des locuteurs en langue indienne."

 

Revevons un instant sur le système de "recensement" de l'identification indienne. Il faut donc parler une langue indienne ou appartenir à une famille où est parlée la langue par un membre au moins pour pouvoir s'affirmer indien. On imagine sans mal quelle serait la réaction des Basques ou des Bretons, voire des Corses, si on exigeait les mêmes impératifs pour autoriser leur "nationalité" !

Des chiffres édités par le "Sistema de indicadores sobre la Población Indígena de México", publiés en 2000, donnent une vision intéressante de la répartition des indigènes dans la population. Ainsi, l'on y apprend que sur une population totale de 103.263.388 de personnes, plus de neuf millions sont des indigènes. Ce qui représente la bagatelle de 9.54% de la population totale. Au sein de ce pourcentage, on oublie d'insister sur le fait que 25.4% sont analphabètes (15 ans et plus) et que 8.4% des 6 à 14 ans n'ont pas accès à l'école. Evidemment, avec un système de recensement pareil, on aboutit à quelques aberrations bien senties. Ainsi, des indigènes qui ne parlent pas la langue se réclament pourtant comme tels. Et d'autres qui parlent la langue ne se revendiquent pas indigènes. Je citerai ici une de mes amies qui parle couramment le zapotèque, a des traits indigènes, mais refuse clairement de dire un seul mot de zapotèque, car c'est une honte pour elle. Quel dommage ! Encore combien d'années avant que ces derniers prennent la conscience de l'or qu'ils ont en eux ?



[1] Docteur en études mésoaméricaines à l'UNAM (Université Nationale Autonome de México). Spécialisé dans l'étude des groupes indigènes du Mexique préhispanique, colonial, contemporain.

Par Gracianne - Publié dans : Politique - Communauté : Le Mexique
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 10:47

Décidément, c'est chaud chez nous, en ce moment. Alors, l'autre jour, est venu nous voir un archéologoque-topographe-chaipasquoi qui nous a expliqué qu'il faut qu'on fasse l'étude d'impact ambiental pour notre possession de plage. La bagatelle devrait me coûter dans les 6.000 euros, sachant que ça ne m'appartiendra toutefois jamais, puisque je n'ai pas la nationalité mexicaine. Tu parles d'une bonne nouvelle ! Bon mais ça ce sont les aléas (qu'on se garde bien de dire aux acheteurs étrangers sur la côte ! ils sont fous les Mexicains mais pas cons) et ça ne m'étonne qu'à moitié. En revanche, ça m'agaçe complétement, oui. Alors bien entendu, je fais l'impasse sur les propositions de "faux-papiers" qu'on m'a fait de façon toute officielle. J'ai contacté l'avocate qui ne me propose pas mieux, d'ailleurs, si ce n'est de tout mettre au nom d'un Mexicain de confiance. Seulement voilà, on veut bien te faire un faux-papier qui ne te servira à rien en cas de pépin, mais faut que tu payes le fonctionnaire corrompu pour te le faire, hein. Sinon, c'est moins drôle. Mais allez, là n'est pas le sujet du jour.

Après l'influenza (la grippe A), j'allais oublier de vous raconter la Dengue ! Donc, nous avons reçu la visite d'un type du gouvernement chargé de voir si nous avions de la fièvre, si nos moustiquaires étaient en bon état, s'il n'y avait pas d'eau croupie chez nous, et de nous faire la leçon… Me suis dit "tiens, y a pied dans la chaussette" ! Et aujourd'hui, effectivement, paraît un article dans l'Universal tout à fait alarmant sur le sujet, concernant la province de Oaxaca. Je vous traduis, brave que je suis :

"On durçit les mesures contre la dengue à Oaxaca

Le secrétaire de Santé du gouvernement de Oaxaca, Martin Velasquez Villanueva, a informé que s'étaient renforcées les mesures de contrôle sanitaire dans les régions de l'Isthme de Tehuantepec et sur la Côte, devant l'augmentation de cas de dengue et de grippe H1N1, présents également au Chiapas et à Veracruz.

Interviewé au cours de la 63ème réunion nationale de santé publicque, qui se tient en ce moment à Oaxaca, Vasquez Villanueva a précisé que la province oaxaqueña occupe le neuvième rang national pour l'incidence de la dengue, avec 1.666 cas en ce moment.

Au total, 1.521 correspondent à la forme classique (Nda : on n'en meurt pas mais on est très très malade), et 145 sont hémorragiques (Nda : là, on m'a expliqué qu'il ne te reste plus qu'à prier, parce que si tout va bien, façon de parler, t'en réchapperas pas), a dit le secrétaire à la santé qui a invité les oaxaqueños à ne pas baisser la garde en ce qui concerne le désherbage des patios, la propreté des bassins, et l'attention à l'eau en général.

… En accord avec les chiffres des Services de Santé de Oaxaca (SSO), les régions qui présentent les pourcentages les plus hauts de dengue dans la province sont Tuxtepec avec 686 cas (41.2%), l'Isthme avec 519 cas (31.2%) et la Côte (Nda : zut, zut, et re-zut !!!!) avec 405 cas (24.4%)."

Non, mais ouais, t'as raison, quand ça veut pas aller, ça veut pas. Y a des périodes comme ça !


Sinon, on te donne des nouvelles de Junior : ça suit son cours tout doucement. Il n'est plus sous Sigrix, et avec un peu de chance "on le réveillera" vendredi ou samedi de son long sommeil. Il paraît qu'il a perdu entre 20 et 30 kilos (j'ai peur de voir ça). Et maintenant, le tout, c'est de savoir comment il va aller au réveil. Le truc qui les préoccupe un peu c'est son taux de sodium trop élevé et le fait qu'il n'évacue pas l'eau de son corps. Bizarre. C'est quoi encore ce truc ? Rien, j'espère… Vous tiens au courant de toute façon.


Sinon, j'envisage de faire venir en France la petite Ana qui travaille pour nous, là-bas. Et de lui apprendre le français. Donc si quelqu'un par là a une méthode pour apprendre notre belle langue, je suis preneuse, parce que je ne sais pas du tout comment je vais lui enseigner ça. Note, j'ai encore mes livres d'espagnol de quand j'étais gosse. Pareil je transpose. Ca pourrait bien le faire, ça…


Et je galère toujours pour trouver un traducteur du français au mexicain. A croire que ça n'existe pas ! De toute façon, ça n'intéressera aucun éditeur français, alors je ne sais pas pourquoi je me fatigue. Mais comme là, je suis dans une phase aiguë d'écriture, ça me triture le neurone, évidemment. J'écris la nuit, pour conserver du temps le jour afin de bosser, ce qui a tout de même donné cette semaine une nuit blanche de dimanche à lundi, et cette nuit, levée à 4h30 pour écrire encore. On dirait Amélie Nothomb, dis donc. Le souci d'éditeur en moins pour elle (hum, et deux ou trois autres détails, genre le talent). En tout cas, d'un point de vue horaire, c'est tout pareil. Dès que mes nouvelles seront finies, j'attaquerai enfin le bouquin sur ma chamane. Mais pour cela, il faut impérativement que je retourne dans la Sierra Mazatèque, et je vais tout vous avouer : ça ne me tente pas beaucoup. Là-bas, ça caille, et les indigènes sont un peu, comment dire, "hostiles" aux blancs ? Zut, juste au moment où je veux me reteindre les cheveux en blond, c'est dommage… Mais y a pas, faut que je fasse ce bouquin, j'ai toute la doc, ma chamane est célébrissime au Mexique et il n'existe pourtant aucun roman sur elle. Plaît-il, qu'est-ce que tu dis, toi, là-bas, au fond ? Que… je me crève le cul pour rien puisque je n'ai plus d'éditeur ? Euh, ouais, c'est pas faux. Mais t'es pas obligé non plus d'être désagréable avec ta lucidité à la noix…

Par Gracianne - Communauté : Le Mexique
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Dimanche 15 novembre 2009 7 15 /11 /2009 19:28



Un grand ouf de soulagement après l'annonce du dernier bulletin médical (je vous rappelle qu'il n'est que midi au Mexique) : Ernesto Junior va mieux, beaucoup mieux. Déjà quarante huit heures qu'on lui administre le médicament et pas l'ombre d'une hémorragie en vue. OUF OUF OUF ! Bon en même temps, on ne va pas encore crier victoire, vu que la semaine dernière, c'est au moment où on commençait à respirer que tout a empiré. Merci à toutes et tous pour vos nombreux témoignages ici ou sur facebook, d'autant que le papa d'Ernesto (bisouuuuuuuu angelito mio!!!) lit ce blog et a vu vos réactions nombreuses, ainsi que sa maman sur facebook. Croyez-moi, dans leur douleur de parents, ça fait chaud au coeur et ça les aide à tenir le coup dans ce qui doit être les heures les plus éprouvantes de leur vie. Alors on continue d'y croire fort.

Ah, et euh... Ernesto Junior, tu te grouilles de guérir, parce que je ne me souviens plus bien du goût de ta margarita, hum... Enfin, peut-être que je devrais t'appeler Beau-Papa, du coup, non ? Siiii, siiii, j'ai des preuves :



Par Gracianne - Communauté : Le Mexique
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 16:31

Voilà, après quelques semaines de silence, je reviens vers vous avec un article un peu plus grave qu'à l'accoutumée. Je vous demanderai, exceptionnellement, de bien vouloir le transmettre au plus grand nombre de vos contacts. Autant vous parler très honnétement, jusqu'à présent, je n'ai pas vraiment cru à cette histoire de grippe H1N1. J'étais au Mexique lorsque, le 23 avril dernier, on a commencé à en faire tout un foin. Et comme rien de grave ne s'était passé, j'ai été la première à croire au complot des laboratoires. Cet article n'est pas une incitation à se faire vacciner – loin s'en faut- car je me méfie comme de la peste de ce vaccin non "prouvé". Mais si l'on a crié au loup à tort, il y a quelques mois, cette fois-ci la situation est différente, et personne ne semble s'inquiéter. Voici deux développements à suivre : l'un vous racontant l'histoire d'Ernesto Junior ; l'autre concernant les derniers éléments de la grippe A au Mexique ces jours-ci. Du fond du cœur, je vous invite à lire, et à faire savoir (même à des amis journalistes, s'il y en a dans vos relations). Je n'invente, hélas, rien.

 

Ernesto Junior, l'histoire d'un garçon en pleine forme.

 

Je vous présente Ernesto Andrès, dit Junior. Il est le fils de notre ami Ernesto. Il vient d'avoir 40 ans, en août, et c'est un sacré bonhomme. Papa de deux petits garçons (Kikiman, mon fiancé de 8 ans, et Andréas, 13 ans), c'est une force de la nature. Grand, barraqué, pas de soucis de santé, un sacré bon vivant.

Au mois d'avril, quand toute l'affaire démarre au Mexique, et que Mexico se retrouve paralysé – les écoles et lieux publics fermés, une capitale fantôme -, nous sommes dans le Sud, au chaud, et rien ne nous laisse supposer que cette histoire soit réelle. Mais par précaution, nous invitons Ernesto Junior et ses deux fils à quitter la capitale pour venir chez nous, loin de l'agitation de la "ciudad capitalina". Après dix heures de route (les aéroports sont fermés et les contrôles partout), Junior arrive à la maison, et autant dire que le courant passe de suite. Cuisinier de métier, il se met aux fourneaux, et nous concocte un guacamole fameux avec des tacos au barbecue que nous n'oublierons jamais. C'est un week-end génial que nous passons, tous ensemble. Il nous raconte combien les gens sont devenus fous à Mexico, et qu'il existe dans les entreprises une vraie "discrimination" aux masques. Genre, quand on ne t'aime pas, on ne te file pas de masque ! Lui n'en a pas eu (je n'aimerais pas aujourd'hui être à la place de ses collègues, mais passons…). Quand il me raconte ça, ça me fait bondir, mais bon, il est en pleine forme, tout va bien, nous passons notre week-end à nous baigner, à bouffer et picoler entre deux parties de crapette, tout est bien… Au retour en France, nous devenons amis sur Facebook et nous donnons des nouvelles régulièrement, d'autant que son fils Kikiman s'est auto-proclamé mon fiancé, me préférant même à Beyoncé (ouais bon, no comment sur la comparaison). Quand nous arrivons au Mexique il y a quelques semaines, Junior a une petite grippe. Rien de grave, il est allé à l'hôpital et on l'a renvoyé chez lui, ce n'est rien. Ca se passe un samedi. La semaine passe, et il fait un temps effroyable à Mexico. Froid et pluie. Junior tousse et a de la fièvre. Ca ne veut pas passer. Il ne peut pas faire une phrase sans être pris de quintes de toux. Il est épuisé. Le samedi suivant, il est à nouveau hospitalisé mais dans un établissement différent. Le premier faisait partie de ceux qui ne veulent pas entendre parler de la grippe H1N1 (le Mexique n'a pas du tout envie d'être à nouveau dans le collimateur, pensez-donc ! Et vas-y qu'on truque les chiffres pour ne pas attirer l'attention). Dimanche matin, nous avons des nouvelles. Junior va mieux, il a passé une excellente nuit, et peut parler au téléphone sans tousser. Ouf. L'après-midi, il laisse un message sur Facebook, comme quoi on lui donne du Tamiflu mais vraiment en prévention car les examens sont formels : il n'a pas la grippe H1N1. Enthousiasme à bord. Trois heures plus tard (oui !!!!), son père est appelé d'urgence à Mexico DF. Un autre examen vient de diagnostiquer la grippe H1N1 sur Junior.

 

La semaine yo-yo

 

Le lundi, pas d'amélioration.

Le mardi, brusque dégradation de l'état de santé de Junior. Il est intubé et placé en soins intensifs.

Le mercredi, dramatique : on nous demande de s'unir pour prier, car il ne reste plus que ça. Les poumons de Junior sont remplis de mucosités et de sang. L'un ne fonctionne plus du tout. L'autre seulement à 25%. Il est décidé qu'à 15 heures, tous ses amis – où qu'ils se trouvent dans le monde – devront s'arrêter et prier.

Le soir, on nous apprend que dans son coma, à l'heure des orations, Ernesto Junior a réagi. Il s'est agité et a bougé la tête.

Jeudi, nette amélioration.

On parle de le désintuber d'ici une semaine. Une page internet est mise en place où tout le monde y va de sa prière, de son mot gentil, de ses pensées. Les docteurs disent qu'aucun autre organe n'est défaillant. Quel soulagement !

Jusqu'à dimanche, rien de plus. Mais les poumons se nettoient peu à peu.

Lundi, mardi, mercredi : très nette amélioration. Junior n'est plus qu'à 40% sous respiration assistée. Il commence à respirer par lui-même. Par précaution toutefois, les toubibs décident de le laisser "intubé" jusqu'à hier. Ca n'a pas l'air de plaire à Junior qui ouvre les yeux, et essaie par des efforts de gorge, de regurgiter le tube. C'est bon signe. Il revient. OUF !

Jeudi : brusque complication. Junior fait une occlusion intestinale. Il faut l'opérer le soir.

Vendredi (hier) : L'opération est passée. On lui a retiré un énorme morceau d'intestin grêle, et l'opération a un peu influencé la situation pulmonaire qui n'est pas terrible. Il faut attendre les prochaines 72 heures, qui sont critiques.

Cette nuit : je reçois à 3 heures du matin un message comme quoi Junior est au plus mal. Les toubibs viennent de sortir un médicament de leur réserve secrète, le Sigrix ou un truc du genre. Lourd de conséquences latérales, mais c'est l'ultime chance. Junior va vraiment très mal. Nous attendons, inquiets. Tout le monde prie. Moi, j'avoue, je n'y arrive pas. Je ne sais pas s'il passera le week-end.

 

Et dans le reste du Mexique ?

 

Un article paru vendredi dans le journal l'Excelsior fait froid dans le dos. Puisons-y quelques phrases :

 

"Guillermo Tamborrel, du PAN, dit : "tout cela me paraît très inquiétant car nous constatons actuellement une moyenne de deux morts par jour et très vite, ce chiffre va se multiplier par 5."

 

"En un jour, le ministre de la santé a rapporté la mort de dix personnes de plus à cause du virus d'influenza humaine. Le 9 novembre, les statistiques faisaient état de 452 morts du virus H1N1. Mais en un jour, le 11 novembre, 10 personnes en sont mortes."

 

"En seulement 3 jours, du 4 au 6 novembre, on a enregistré 4.850 cas nouveaux du virus H1N1, et 35 morts. Au cours du seul lundi 9 novembre, 455 patients ont été hospitalisés, dont 150 en état grave."

 

"Jusqu'au 9 novembre, 59.762 personnes ont été infectées par le virus et 462 sont mortes."

 

Le souci, c'est qu'à force de hurler au loup en vain, les Mexicains ont baissé la garde. Plus l'ombre d'un masque dans le pays, tout le monde sort et joue l'insouciance. On a trop fait peur en avril, et on a oublié que c'est en novembre que ça allait payer. D'autant qu'il faut rappeler que la discrimation dont ont été victimes les Mexicains les a beaucoup heurtés et blessés. Après une saison touristique catastrophique (honnêtement, je n'avais jamais vu une pauvreté pareille), tous espérent le retour des touristes pour décembre et janvier, et de fait, les réservations sont au top. Du coup, on ne veut plus dire que la grippe est là et bien là, et on refuse la vérité, de peur que les réservations s'annulent. Pourtant, cette fois-ci, il faudrait vraiment s'affoler.

 

J'ai refusé de faire partie des alarmistes. J'ai refusé d'y croire. Aujourd'hui, j'attends le verdict d'Ernesto Junior et j'ai peur. Il n'avait aucune autre maladie, il était en pleine forme. Mais voilà où l'a conduit le souhait des autorités de taire la vérité. Non, la grippe H1N1 n'est pas un fantôme. Alors, faites attention s'il vous plait. Et transmettez cet article au plus grand nombre. Au moins pour que tous aient une pensée à l'attention de Junior. Car c'est tout ce qui reste…

 

Je vous tiendrai au courant ici. Et pour ceux qui savent lire l'espagnol, voici la page ouverte à son attention : http://www.huatulco.com.mx/porernesto.htm

 

Par Gracianne - Communauté : Le Mexique
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /2009 11:13

Allez, c'est parti pour un florilège de petites news de chez moi. On ne peut pas dire que les nouvelles soient au beau fixe, mais si vous regardez les infos françaises, vous êtes déjà habitués à ce déferlement de pessimisme. En dehors du fait que ressort toujours plus durement la pauvreté des populations locales, la nouvelle qui me "titille" le plus concerne les événements révolutionnaires de Oaxaca en 2006, et la possible reprise des affrontements. J'y étais en 2006 quand ça a chauffé (pensez bien, j'allais pas louper ça !) et on sent bien, depuis, que même si la ville a repris un rythme doux, la tension demeure palpable. Même pour la Guelaguetza cet été (événement folklorique où toutes les tribus indigènes de la province viennent danser et montrer leurs rituels), l'Appo était là, autant sur les dents que la police. Je vous donne mon billet que ça va redémarrer. Pour savoir pourquoi, lisez cette revue de presse…

 

Plus de 60% des habitants de la province de Oaxaca sont pauvres !

La nouvelle est tombée hier, assénée par le sénateur Gabino Cué Monteagudo. Bien entendu, ce dernier s'est empressé de dire que la lutte contre la pauvreté était une priorité, et bla bla bla…

Du coup, un autre chiffre fait peur, à savoir que plus de 150.000 habitants de la province de Oaxaca essaient de migrer chaque année.

Et l'autre chiffre qui lui, fait vraiment mal au cœur, c'est celui là : plus de 30% des mineurs de 5 ans sont en dénutrition infantile dans la province.

 

Cancer du sein : ça grimpe dans la province de Oaxaca

Alors que Marcelo Ebrard a décidé de vêtir les beaux édifices de la ville de México de rose pour la journée symbolique de lutte contre le cancer du sein, les chiffres de la province de Oaxaca explosent.

Il y avait 79 décès en 2005 du cancer du sein, pour 107 l'an dernier, avec déjà 40 décès pour la seule année 2009. Cause de tout cela, le fait que les femmes ne savent pas faire d'auto-palpation et arrivent souvent trop tard dans les centres de soins.

 

Ca va encore chier à Oaxaca !

Ceux qui connaissent bien le coin se souviennent des événements de 2006 et des affrontements sanglants entre l'APPO et le gouverneur Ulises Ruiz Ortiz. Aujourd'hui, alors qu'un calme relatif règne sur la ville, l'APPO assure que le gouverneur et ses fonctionnaires seront jugés et châtiés en conséquence des assassinats et disparitions qui leur sont reprochés. Ainsi que pour les graves violations infligées aux garanties individuelles du peuple oaxaqueño, je cite. Cela a été déclaré à l'occasion d'une marche dans la ville, vendredi, pour réclamer la libération de Juan Manuel Martinez Moreno, accusé du meurtre de Brad Will (le journaliste gringo assassiné le 27 octobre 2006). Et d'ajouter que si Ruiz Ortiz maintient ses positions, la seule chose à faire sera de réactiver le conflit à Oaxaca. Donc, je vous l'annonce comme ça, froidement : c'est pas fini cette histoire ! Et sur le fond, mais chut, ne le dites à personne : je comprends l'APPO !

 

Note : dans le même temps, l'organisation PHR (Physicians for Human Rights) jure que le procureur général de la république est passé outre les évidences scientifiques, concernant la mort par arme à feux du cameraman américain Brad Will (de son nom complet Bradley Roland Will). Du coup, on s'agite à l'idée que reste en prison le fameux Juan Manuel Martinez Moreno. Au fait, je confirme : ça sent très mauvais !!!!

 

Bulletin météo

Que 27 degrés ce mardi à Huatulco, et des nuages un peu partout. Mais ouf, Rick, le méchant ouragan qui s'était formé au large des côtes de la région file en direction de la Basse-Californie (reprenant des forces au passage pour redevenir une tourmente tropicale)…

 

Violents affrontements dans l'Isthme de Tehuantepec

7 blessés, dont 3 graves, voici le bilan pour l'instant des affrontements entre les habitants de San Mateo del Mar et de San Pedro Huilotepec. On avait annoncé un mort par balles, mais cela a été vite démenti. Le conflit entre les communautés a démarré après que des habitants de San Mateo del Mar prétendent récupérer une partie des terres jugées leurs, et qui étaient sous appartenance de San Pedro Huilotepec. Routes barrées jusqu'à Salina Cruz, insultes verbales, le tout a vite dégénéré en affrontements, et tirs d'armes à feu. Le sous-secrétaire du Gouvernement, Javier Jimenez Herrera, a été envoyé sur place pour servir de médiateur aux parties en présence.

Par Gracianne - Publié dans : Revue de Presse - Communauté : Le Mexique
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